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Vulgaire chanson d’amant

 

Ne m'aimez pas, ma parente,

comme votre ombre

car l'ombre au soir s'évanouit

et je dois vous garder

jusqu'au chant du coq;

ni comme le piment

qui donne chaud au ventre

car ne pourrais alors

en prendre à ma faim;

ni comme l'oreiller,

car on serait ensemble aux heures du sommeil

mais on ne se verrait guère le jour;

ni comme le riz,

car sitôt avalé vous n'y penseriez plus;

ni comme les douces paroles

car elles s'évaporent;

ni comme le miel,

bien doux mais trop commun.

Aimez-moi comme un beau rêve,

votre vie la nuit,

mon espoir le jour,

comme une pièce d'argent,

sur terre ne m'en sépare,

et pour le grand voyage

fidèle compagne;

comme la calebasse,

intacte sert à puiser l'eau,

en morceaux, chevalets pour valiha.

 

L’ombre et le vent,

Imprimerie de Tananarive (Madagascar), 1947

Du même auteur :

Chercheuse d’eau (15/08/2015) 

Epithalame (10/08/2016)