GoetheFR_1_

 

Chant de tempête du voyageur

 

Celui que tu n’abandonnes pas, Génie,

Ni la pluie ni la tempête

Ne souffleront la frayeur en ton cœur.

Celui que tu n’abandonnes pas, Génie,

A la nuée d’averse,

A la bourrasque de grêle

Opposera sa chanson,

Comme l’alouette,

Ô toi, tout là-haut.

 

Celui que tu n’abandonnes pas, Génie,

Tu le soulèveras au-dessus du sentier fangeux

Avec les ailes de feu.

Il passera

Comme, marchant sur des fleurs

Sur le déluge boueux de Deucalion

Et tuant Python, léger, grand,

Pythius Apollo.

 

Celui que tu n’abandonnes pas, Génie,

Tu déplieras sous lui tes laines neigeuses

Quand il dormira sur la roche,

Tu le couvriras d’une laine protectrice

Dans la minuit du bois.

 

 

Celui que tu n’abandonnes pas, Génie,

Dans les tourbillons de neige,

Tu l’envelopperas de chaleur,

C’est vers la chaleur que vont les Muses,

Vers la chaleur que vont les Charites (1).

 

Ô Muses, entourez-moi,

Ô Charites !

Voici l’eau, voici la terre,

Et voici le fils de l’eau et de la terre

Sur laquelle je vais

Pareil aux Dieux.

 

Vous êtes pures comme le cœur des eaux,

Vous êtes pures comme la moelle de la terre,

Vous volez autour de moi et je vole moi-même

Au-dessus de l’eau, au-dessus de la terre,

Pareil aux Dieux

 

Faut-il qu’il rentre celui-là,

Le petit paysan noir et fougueux,

Faut-il qu’il rentre celui-là en n’attendant

Que tes présents, pater Bromius (2),

Et qu’un feu clair et réchauffant ?

Lui, que vaillamment il rentre ?

Et moi, que vous accompagnez toutes,

Vous les Muses et les Charites,

Moi qu’attend tout ce que,

Muses et Charites,

Couronnes de sérénité,

Vous avez magnifié tout autour de la vie,

Je devrais rentrer penaud ?

 

Pater Bromius,

Tu es Genius,

Génie de ce siècle,

Tu es ce qui pour Pindare

Fut le feu intérieur,

Ce que pour le monde

Est Phébus Apollon.

 

Ah, malheur, chaleur intime,

Chaleur de l’âme,

Centre,

Rougeoie pour

Phébus Apollon,

Sinon son regard de prince

Va passer, glacé,

Sur toi sans te voir,

Touché par l’envie,

S’arrêter à la force du cèdre,

Qui ne l’attend pas

Pour verdir.

 

Pourquoi mon chant te nomme-t-il le dernier,

Toi par qui il a commencé,

Toi en qui il se termine,

Toi d’où sourd la pluie,

Jupiter Pluvius !

C’est toi, toi que le flot de mon chant charrie,

Et la source castalienne

S’écoule, maigre filet affluent,

Coule indigente pour les oisifs

Qui n’ont que bonheur mortel

A l’écart de toi,

Qui me recouvre et m’embrasse,

Jupiter Pluvius.

 

Non tu ne l’as pas

Visité sous l’orme,

Avec le couple de tourterelles

Sur son frêle bras,

Et sa couronne de roses amies,

Le museur Anacréon,

Heureux sous ses fleurs,

Ô, Divinité, souffleur de tempête

 

Non tu ne l’as pas

Dans la peupleraie

Aux berges de Sybaris,

Au front radieux

De la montagne, attrapé

Ce chanteur d’abeilles,

Bredouillant le miel,

L’homme au signe amical,

Théocrite.

 

Quand les roues hurlaient

Essieu contre essieu, laissant là la borne,

Et que claquaient haut,

Fiévreux de victoire,

Les fouets des jeunes hommes,

Et que tournoyait la poussière,

Comme dans la plaine un tourbillon

De grêle s’abat des montagnes,

Ton âme à ce péril, Pindare, s’enflammait

De courage. Ah, si s’enflammait –

Pauvre cœur –

Sur la colline, là-bas,

Puissance céleste,

Rien qu’assez de feu,

Là-bas, ma cabane,

Pour que je m’y traine.

 

(1) Charites : Nom grec des Grâces

(2) Surnom de Bacchus, du nom de sa nourrice Bromiè

 

 

Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre

In, « Anthologie bilingue de la poésie allemande »

Editions Gallimard (La Pléiade),1995

Du même auteur :

Le Roi des Aulnes / Erlkönig (23/06/2014)

Bienvenue et adieu / Willkommen und Abschied (22/06/2015)

La chanson de Mignon / Mignons lied (23/06/2016)

Un autre pareil / Ein Gleiches (23/06/2018)

Présence de l'Aimé / Nähe des Geliebten (23/06/2019)

Navigation / Seefahrt (23/06/2020) 

Wanderers Sturmlied

 

 

 

Wen du nicht verlässest, Genius,

Nicht der Regen, nicht der Sturm

Haucht ihm Schauer übers Herz.

Wen du nicht verlässest, Genius,

Wird dem Regengewölk,

Wird dem Schloßensturm

Entgegensingen,

Wie die Lerche,

Du da droben.

 

Den du nicht verlässest, Genius,

Wirst ihn heben übern Schlammpfad

Mit den Feuerflügeln;

Wandeln wird er

Wie mit Blumenfüßen

Über Deukalions Flutschlamm,

Python tötend, leicht, groß,

Pythius Apollo.

 

Den du nicht verlässest, Genius,

Wirst die wollnen Flügel unterspreiten,

Wenn er auf dem Felsen schläft,

Wirst mit Hüterfittichen ihn decken

In des Haines Mitternacht.

 

Wen du nicht verlässest, Genius,

Wärmumhüllen;

Nach der Wärme ziehn sich Musen,

Nach der Wärme Charitinnen.

Umschwebet mich, ihr Musen,

Ihr Charitinnen!

Das ist Wasser, das ist Erde

Und der Sohn des Wassers und der Erde,

Über den ich wandle

Göttergleich.

 

Ihr seid rein wie das Herz der Wasser,

Ihr seid rein wie das Mark der Erde,

Ihr umschwebt mich, und ich schwebe

Über Wasser, über Erde,

Göttergleich.

 

Soll der zurückkehren,

Der kleine, schwarze, feurige Bauer !

Soll der zurückkehren, erwartend

Nur deine Gaben, Vater Bromius,

Und helleuchtend, umwärmend Feuer,

Der kehren mutig

Und ich, den ihr begleitet,

Musen und Charitinnen alle,

Den alles erwartet, was ihr,

Musen und Charitinnen,

Umkränzende Seligkeit

Rings ums Leben verherrlicht habt,

Soll mutlos kehren?

 

Vater Bromius,

Du bist Genius,

Jahrhunderts Genius,

Bist, was innre Glut

Pindarn war,

Was der Welt

Phöbus Apoll ist.

 

Weh! Weh! Innre Wärme,

Seelenwärme,

Mittelpunkt!

Glüh entgegen

Phöb' Apollen;

Kalt wird sonst

Sein Fürstenblick

Über dich vorübergleiten,

Neidgetroffen

Auf der Zeder Kraft verweilen,

Die zu grünen

Sein nicht harrt.

 

Warum nennt mein Lied dich zuletzt,

Dich, von dem es begann,

Dich, in dem es endet,

Dich, aus dem es quillt,

Jupiter Pluvius!

Dich, dich strömt mein Lied,

Und kastalischer Quell

Rinnt ein Nebenbach,

Rinnet Müßigen,

Sterblich Glücklichen

 Abseits von dir,

Der du mich fassend deckst,

Jupiter Pluvius.

 

Nicht am Ulmenbaum

Hast du ihn besucht,

Mit dem Taubenpaar

In dem zärtlichen Arm,

Mit der freundlichen Ros umkränzt,

Tändelnden ihn, blumenglücklichen

Anakreon,

Sturmatmende Gottheit.

 

Nicht im Pappelwald

An des Sybaris Strand,

An des Gebirgs

Sonnebeglänzter Stirn nicht

Faßtest du ihn,

Den blumensingenden, Honiglallenden,

Freundlich winkenden

Theokrit.

 

Wenn die Räder rasselten

Rad an Rad rasch ums Ziel weg,

Hoch flog

Siegdurchglühter

Jünglinge Peitschenknall

Und sich Staub wälzt

Wie vom Gebirg herab

Kieselwetter ins Tal,

Glühte deine Seel Gefahren, Pindar,

Mut. – Glühte -

Armes Herz -

Dort auf dem Hügel,

Himmlische Macht!

Nur so viel Glut,

Dort meine Hütte,

Dorthin zu waten.

 

Poème précédent en allemand :

Peter Huchel : « Sous la houe brillante de la lune… » / Unter der blanken Hacke des Monds… » (16/04/2017)

 Poème suivant en allemand :

August von Platen : « A l’ami allemand… » / «  Dem  deutschen Freunde  (21/08/2017)