book_261_image_cover_1_

 

Il y avait un grand silence, car derrière tout ce qui se passe

Il ne se passe rien, il y a un grand silence,

On entend juste son cœur qui bat,

Un cœur qui bat, cela ne se comprend pas,

Mais toute cette vie, qu’est-ce donc,

Toute cette vie bonne à dormir à l’abandon,

La tête couchée sur les pierres

Qui ne bougent pas, ne comprennent pas, ne pensent pas

Ne dorment ni veillent

Ni rêvent,

Toute cette vie que les hommes ont comme si on la leur avait

     donnée

Mais qu’on ne leur a pas donnée,

Parce qu’il n’y a personne qui puisse rien donner à personne,

Et pourtant on vit, même ceux qui dorment,

On se retourne, on rêve, on frappe, on questionne,

Sans attendre la réponse, car il n’y a pas de réponse.

Et la question est plus dure que la pierre…

 

     O toi qui vit près de ma vie,

     Dans un monde au cœur écroulé

     Qu’aucun prince de l’amour ne réveille,

     Que nom faudra-t-il te donner

     Pour ressusciter les sortilèges

     De l’étincelante jeunesse,

     O toi qui vit près de ma vie ?

     Ne réponds pas, il suffit

     Qu’un instant je regarde ton regard

       Pour que les questions s’abolissent,

     Mais ce n’est pas moi qui les pose :

     Elle  ne sont qu’un bouquet de roses,

     O toi qui vit près de ma vie,

     Toi qui crois au refuge des quatre miroirs,

     Refermé sur la clarté de tes jours,

     Et qui ne sait pas qu’on traverse les miroirs,

     Sois fantôme à travers tes murailles

     Avant que le gardien te crie : « Trop tard ! »

     O toi qui vit près de ma vie… »

 

Le règne végétal

In, Franck Jotterand : « Georges Ribemont – Dessaignes »

Pierre Seghers éditeur, (Poètes d’Aujourd’hui), 1966

Du même auteur :

Bohémienne 1940 (24/04/2015)

A la tourterelle (24/04/2016) 

Se confondre (24/04/2018)

« Ils sont revenus, les morts... » (24/04/2019)

Attente (24/04/2020)

Sérénade à quelques faussaires (07/09/2021)