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Rivière nocturne

 

On ne peut rien contre la pluie

Rien contre la rivière noire

Qui descend jusqu’au fond boueux du village

 

Rivière de nuit qui tombe

crie fouette

incendie tremble bruit

gifle la terre, le vent,

et octobre qui naît

et la mémoire

     gorgée d’eau de vie

en tombant dans les brasiers insomniaques

 

Il y eut des années où le ciel

venait

 Egal

Battre les toits comme un tambour

et le manguier luxuriant de la cour

avait tout l’air d’être forêt

pareil à l’antique coquillage qui rappelle la mer.

 

C’est cette même pluie qui chassait les rêves

agrandissait les jours

et livrait la rivière à nos pieds

 

Vingt ans après notre rencontre

Elle sait que je suis là

Son entêtement n’a pas vieilli

ni sa fureur ni son cri déchaîné

 

Pourtant rien n’est pareil

 

Ma forêt s’est changée en jardin

 

Je porte une barbe et des lunettes

J’ai vingt-neuf ans, deux fils,

Et on a asphalté les rues

Pourtant rien n’a changé

     Il y a toujours les insomnies

Le manguier agité par le vent

Moi qui tremble et m’inquiète

Qui me dis, quand l’eau s’arrêtera,

Quand tout se calmera

J’enverrai mes souvenirs dans la rue

Jouer au petit bateau

 

Que faire

     Je suis un autre

Et le même

 

Le fleuve de la nuit rêve

 

La nuit de son côté ne pense qu’à tomber.

 

 

Traduit de l’espagnol par Christine Balta

In, « Un siècle de poésie mexicaine. Anthologie »

Ecrits des Forges / Le Castor Astral, 1989 et 2009