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Vie et marée 

 

          Quelquefois, je ne sais quelle clarté nous faisait entrevoir le sommet 

d’une vague et parfois aussi le bruit de nos instruments ne couvrait pas le 

vacarme de l’océan  qui se rapprochait. La nuit de la villa était entourée de 

mer. Ta voix avait l’inflexion d’une voix d’enfer et le piano n’était plus 

qu’ une ombre sonore. Alors toi, calme, dans ta vareuse rouge, tu me touchas 

l’épaule du bout de ton archet, comme l’émotion du Déluge m’arrêtait. 

« Reprenons! » dis-tu .O vie ! ô douleur! ô souffrances d’éternels ! 

recommencements ! que de fois lorsque l’Océan des  nécessités m’assiégeait ! 

que de fois ai-je dit, dominant  des chagrins trop réels ! hélas!« Reprenons! » 

et ma  volonté était comme la villa si terrible cette nuit-là. Les nuits n’ont 

pour moi que des marées d’équinoxe. 

 

Le Cornet à dés

Chez l’auteur, Paris, 1917

Du même auteur :

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