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« Déshabillez-vous, rangez vos habits en tas, vos chaussures par paires,

     laissez ici tous vos biens,

Vous en aurez besoin, vêtements, souliers, tout ce que vous laissez,

     vous reviendrez le cherchez !

Vous arrivez de voyage, pas vrai ? De Varsovie, Paris, Prague,

     Salonique ? Allez prendre un bain ! »

Et l’on en fourre mille dans une salle… Et mille attendent, nus, que

     les premiers mille soient gazés.

 

Ainsi on nous exterminés, de la Grèce à la Norvège, et jusque devant

     Moscou, près de sept millions,

Sans compter les enfants dans le ventre, seules sont prises en compte

     les femmes enceintes, les futures mères,

Et s’il reste un juif en la lointaine Amérique, en la proche Terre d’Israël

 - toi, réclame à la face du monde,

Pour les enfants non encore nés et déjà assassinés, réclame pour eux aussi,

enfants gazés avec leurs mères dans le ventre des mères !

 

Pourquoi ? personne ne le demande, personne au monde, alors que tout,

     tout demande : pourquoi ?

Ecoute, écoute ! Chaque demeure vide en ses murs dévastés, par mille

    cités et villages par milliers,

Demande pourquoi… Ecoute, écoute ! Car les logis vides ne sont pas

     longtemps vides, les foyers déserts ne sont pas longtemps déserts,

Un autre peuple vient y habiter, d’autres hommes, une autre langue,

     autres les jours et les nuits.

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(Après la fin)

 

Traduit du yiddish par Batia Baum

In,  Isaac Katzenelson : « Le Chant du peuple juif assassiné »

Editions Bibliothèque Medem – Maison de la culture

yiddish, 2005