Abdellatif_Laabi_2123_1_

 

Tu te souviens

de ce pigeon qui avait pris l’habitude

de descendre dans notre cour

et dont je t’ai décrit la démarche

le plumage bariolé, flamboyant des ailes

de la gorge

l’œil rond

filant comme du vif argent

me rappelant cette méfiance immémoriale

qu’il y a entre nous

et les bêtes

……………………………………………

Ou bien encore ces moments

où je guettais le vol des hirondelles

arbalètes gracieuse et acrobates

qui rejoignaient avec assurance leurs nids

et piaillaient nerveusement

comme pour demander

de dégager le passage

Parfois aussi

le ciel

cet océan du prisonnier

où les nuages sont tour à tour

lourdes caravelles fuyant des bateaux-corsaires

dragons-marins de légendes

ouvrant toutes grandes leurs gueules

hommes nus et musclés

de peintures italiennes

voguant là-haut

ailés comme dans les originaux craquelés des toiles

…………………………………………………

Tu vois donc

ce pigeon            ces fleurs

cette hirondelle           ces nuages

c’était le creuset où le poème

tentait à travers mille entraves ou interdits

de rejoindre

et propulser la vie

 

Sous le bâillon, le poème

Editions de l’Harmattan,

Du même auteur :

« Emmurée… » (12/04/2015)

 « Je m’en irai… »  (12/04/2016)