Pierre_Emmanuel_191x300_1_

 

Les plaines sous le joug comme des bêtes lasses

Tirent aiguillonnées par les vents vers la mer.

Asie, tes horizons d’ivoire ! Tes royaumes

Cousus, momies, dans les déserts parcheminés !

Tes échos hennissant çà et là dans les âges

– Poulains perdus pleurant les montagnes rasées !

Où est Palmyre, d’or et de jais sous les palmes ?

Où sont les cèdres bleus des Libans consumés ?

N’ayant plus que leur ombre à paître, elles sont mortes

Les forêts harcelées de feuilles et d’essaims.

Sous l’éperon des soleils fous, j’ai vu des villes

Ruer des quatre fers sous un ciel de silex,

Faisant grêler des nuées d’astres, sauterelles

Broyeuses de feuillage et de marbre : une nuit

Passait. L’aube en ruine avait mille ans. La terre, noire, portait

     le deuil de vingt peuples poudreux.

 

Babel

Editions Desclée de Brouwer, 1951

Du même auteur :

In Tenebris (27/07/2014)

Interrogatoire (11/04/2016)

Au nom secret (24/05/2017)