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Tendresse

 

Mon cœur ne bat que par ses ailes

Je ne suis pas plus loin que ma prison

Ô mes amis perdus derrière l’horizon

Ce n’est que votre vie cachée que j’écoute

Il y a le temps roulé sous les plis de la voûte

Et tous les souvenirs passés inaperçus

Il n’y a qu’à saluer le vent qui part vers vous

Qui caressera vos visages

Fermer la porte aux murmures du soir

Et dormir sous la nuit qui étouffe l’espace

Sans penser à partir

Ne jamais vous revoir

Amis enfermés dans la glace

Reflets de mon amour glissés entre les pas

 

Grimaces du soleil dans les yeux qui s’effacent

Derrière la doublure plus claire des nuages

Ma destinée pétrie de peurs et de mensonges

Mon désir retranché du nombre

Tout ce que j’ai oublié dans l’espoir du matin

Ce que j’ai confié à la prudence de mes mains

Les rêves à peine construits et détruits

Les plus belles ruines des projets sans départs

Sous les lames du temps présent qui nous déciment

Les têtes redressées contre les talus noirs

Grisées par les odeurs du large de la terre

Sous le fougue du vent qui s’ourle

 

A chaque ligne des tournants

Je n’ai plus assez de lumière

 

Assez de peau assez de sang

La mort gratte mon front

 

Et la même matière

 

S’alourdit vers le soir autour de mon courage

Mais toujours le réveil plus clair dans la flamme de ses mirages 

 

Ferraille

Les cahiers du journal des poètes, Bruxelles, 1937

Du même auteur :

Cran d’arrêt (12/06/2014)

Tard dans la vie (13/11/2014)

Chemin tournant (09/04/2016)

Arc-en-ciel (09/04/2018)

« La neige tombe... » (09/04/2019)