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Tous les morts sont ivres

 

Tous les morts sont ivres de pluie vieille et sale 

Au cimetière étrange de Lofoten.

L'horloge du dégel tictaque lointaine

Au coeur des cercueils pauvres de Lofoten.

 

Et grâce aux trous creusés par le noir printemps

Les corbeaux sont gras de froide chair humaine ;

Et grâce au maigre vent à la voix d'enfant

Le sommeil est doux aux morts de Lofoten. 

 

Je ne verrai très probablement jamais

Ni la mer ni les tombes de Lofoten

Et pourtant c'est en moi comme si j'aimais

Ce lointain coin de terre et toute sa peine.

 

Vous disparus, vous suicidés, vous lointaines

Au cimetière étranger de Lofoten

- Le nom sonne à mon oreille étrange et doux.

Vraiment, dites-moi, dormez-vous, dormez-vous ?

 

- Tu pourrais me conter des choses plus drôles

Beau claret dont ma coupe d'argent est pleine,

Des histoires plus charmantes et moins folles ;

Laisse-moi tranquille avec ton Lofoten.

 

Il fait bon. Dans le foyer doucement traine

La voix du plus mélancolique des mois.

- Ah! les morts, y compris ceux de Lofoten -

Les morts, les morts sont au fond moins mort que moi

 

 

Les Sept solitudes,1906

in « Poésie 1 »,

Editions André Silvaire,1960

Du même auteur :

Et surtout que (06/04/2015) 

Symphonie de Septembre (06/04/2016)