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La dissimulation révélée

 

     Le fuir précède le poète, dissimulé dans l’Oubli.

 

     Ouvrir dans la Nuit sa Nuit, n’est-ce point travailler à l’approche

du jour ?

 

     Celui qui ne viole le vocable ne découvre point le verbe. Afin de

se justifier, il se dit humble face à la parole. Impuissant à descendre

en Lui – donc sans l’Autre qui n’est pas Je mais encore Lui – il ne

prononce Rien, sinon des dires anciens, sans formuler sa race.

 

     Descendre en soi est acte d’amour pour le prochain. Etre humble

en poésie est orgueil. Dire que le poète se trouve sous vocation irrésistible

est faux : il est possesseur de l’évidence qu’il ne cesse de vouloir inscrire.

Ainsi : Orphée vers Eurydice devient intériorité accueillante : la Nuit

première : le point de fusion entre le Dit et le jamais Dit.

      Tout poète est chercheur d’un autre Moi, parlant en Arbre, en Mer, en

Roc. Il est la dissimulation révélée.

 

     Son destin est de défricher. De ne jamais suivre.

 

     Toucher l’invisible, élucider sa présence, c’est encore parler en Tout.

 

     L’oeuvre ne juge le poète, mais épuise son infini. A celui qui écrit

l’insignifié se révèle le clair du réel. Parler de poésie est la tuer. Je le crois.

 

In, Revue « Poésie 1. N° 17, Juillet 1971 »

Librairie Saint-Germain-des-Prés, 1971

Du même auteur :

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« Tu es clos dans ta chair… » (24/03/2018)

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