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Glanes

 

Et je suis

toujours sur le chemin

celui qui cherchait l’espace

 

L’oubli est vain

 

Je cherche l’instant

            unique

     l’objet merveilleux

serré au fond de la poche

et le goût vif

du bonheur qui se consume.

*

Je sais maintenant descendre contre le jour

dans la cession des rivières

L’air de l’été

            très haut libéré

se délie dans le chemin

Je recompose la dérive des fossés

charriant les scories de l’hiver

 

Ce souffle peut-être du jour

que fermera la tenaille du givre

 

Face à la nuit qui monte

le vent oppose un feu imaginaire

Dans le coin sombre de l’horizon

la haie s’invente dans le silence

*

Le lien est d’ailleurs

d’avant les fougères en crosse

de plus loin que la naissance de la dune

 

Des brassées d’herbes en témoignent

 

J’aurai plié le talus

assagi les chênes dans leur loupe

 

Dans le fauve des digitales

perce mon secret

et la langueur du liseron me repose

*

Falaises qui soulevez la conque du ciel,

retenez les pins que guette

la séduction du vent

et la noire fascination de la mer

*

Ramasser une pierre

et fendre cette toile

trop parfaite

 

Habiter ce silence

exige la démesure

*

Deux rosiers sauvages

nourris de la chaleur du mur

suffisent pour dire l’été

 

Nous ne confirmerons aucune nouvelle

Elles savent ignorer notre sollicitude

 

Un martinet dans la folie de son vol

livre son cœur

 

L’été brûlera les persiennes

*

Je n’étais ce jour

que branche calcinée par l’été

 

l’orage menaçait

 

Le vent – à peine –

frôlait la resparition des feuilles

 

Des papiers alimentaires

pourrissaient sous une fenêtre

 

Midi bascula dans le silence

Ce fut ma chance

 

Une fontaine jaillit

du cœur de la chambre

*

Feu qui ne consume

la bogue de l’air

Impatient moissonneur d’herbes sèches

tu consens au chemin

un supplément de présence

après le don de ta mort sereine

*

Etrange pays

il survit la nuit

dans le bruit des moteurs

des faïences brisées des moissons

Un arc-en-ciel

saigne l’orage

Nous irons voir

L’iris de l’eau

perçant des feuilles mortes

*

Nous savons peu de mots

et la courbure du ciel

dans un crépuscule hésitant

nous interroge

 

Nous ne savons que

les plis timides de ce pays

Il absente les éboulements

où se noient quelques drames lointains

 

Musique juste posée

sur une portée qui

signe ses limites

 

O patience des champs

labourant l’été

de communes floraisons

*

Ce serait vif instant que l’intime

bris du soleil dans le talus.

 

Revue « Vagabondages, N°65, Octobre/Novembre/ Décembre 1986 »

Association « Paris-poète », 1986

Du même auteur :

Esquisses pour un hiver (10/03/2016)

« Ce fut une longue attente… » (10/03/2018)

« Que nous soient rendues... » (14/01/2020)