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Aiguilles de pin

 

          Voici la neige fondue que tu m’as demandée

          et une belle branche du pin.

Ah, tu t’empares de ces aiguilles vertes

pour les poser contre ta joue brûlante !

avec ces vertes aiguilles végétales

tu piques ta joue avec frénésie, .

tu le fais avidement.

Combien cela nous étonne !

Tu désirais si fort aller vers la forêt.

Alors qu’ardent de fièvre

tu luttais dans la souffrance et la sueur,

moi, sous le soleil je travaillais dans la joie.

Je flânais dans la forêt en pensant à quelqu’un d’autre.

          « Ah, comme cela est bon et me rafraîchit,

          je me crois dans la forêt »

tel un écureuil, un oiseau

tu chérissait la forêt.

Combien tu m’enviai!s

Aujourd’hui même,  tu t’en vas très loin, ô ma sœur.

Vas-tu partir vraiment toute seule ?

demandes-moi de partir avec toi,

dis-le moi ainsi, en pleurs.

          Pourtant, quelle beauté

          aujourd’hui, que celle de tes joues !

          Sur ta moustiquaire verte

          je poserai cette branche à peine cueillie.

          Et bientôt une goutte en tombera.

          Regarde :

          de la résine,

Tu en sentiras le frais parfum.

 

Traduit du japonais par Nao. Yuki Sawada et Felicia Fuster

In, Revue « Vagabondages, N°77, Janvier/Février/Mars 1990

Association Paris-poète, 1990

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