Tahar_Bekri_par_Francis_Goe_1_

 

Comme une forêt en marche

 

Si ta vague ne soulève pas la mer

Si tes voiles sont soumises aux vents

Si ton gouvernail ne brise pas la houle

Si tes flots n’emportent que l’écume

Si ton cri n’est pas plus fort que l’océan

Comment peux-tu libérer l’horizon ?

 

Si ton sable est toujours mouvant

Si du soleil brûlant tu caches ton front

Si ta halte perd son chemin

Si ta sueur n’irrigue pas ton  sel

Si ta nuit n’accouche pas de l’aube

Comment peux-tu dompter le mirage ?

 

Si ton palmier ne reste pas debout

Si le grenadier n’a pas la couleur de ton sang

Si ton amandier oublie ses fleurs

Si ton olivier ne retient pas ses feuilles

Si ton rosier ne donne que des épines

Comment peux-tu semer ton rêve dans le sillon ?

 

Si la braise n’est pas pour nourrir ton feu

Si l’étincelle ne berce pas tes chants

Si ta semelle ne réveille pas le cœur de la terre

Si ton pas n’avance pas comme une forêt

Si tu marches en courbant l’échine

Comment peux-tu enfanter les bourgeons ?

 

Si ta main ne porte pas ta voie

Si ta pierre ne fend pas le marbre

Si ton volcan dort parmi les cendres

Si tu remplis ta poitrine de poussière

Si l’obscurité aveugle ta lumière

Comment peux-tu accueillir le printemps ?

 

Il fait un temps de poème. Volume 2

Textes rassemblés par Yvon Le Men

Filigranes Editions, Lec’h Jeffroy, 22140 Trézélan