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Rosette, pour un peu d'absence,

Votre coeur vous avez changé,

Et moi, sachant cette inconstance,

Le mien autre part j'ai rangé :

Jamais plus, beauté si légère

Sur moi tant de pouvoir n'aura

Nous verrons, volage bergère,

Qui premier s'en repentira.

 

Tandis qu'en pleurs je me consume,

Maudissant cet éloignement,

Vous qui n'aimez que par coutume,

Caressiez un nouvel amant.

Jamais légère girouette

Au vent si tôt ne se vira :

Nous verrons, bergère Rosette.

Qui premier s'en repentira.

 

Où sont tant de promesses saintes,

Tant de pleurs versés en partant ?

Est-il vrai que ces tristes plaintes

Sortissent d'un coeur inconstant ?

Dieux ! que vous êtes mensongère !

Maudit soit qui plus (*) vous croira !             (*) encore

Nous verrons, volage bergère,

Qui premier s'en repentira.

 

Celui qui a gagné ma place

Ne vous peut aimer tant que moi ;

Et celle que j'aime vous passe (*)                             (*) dépasse

De beauté, d'amour et de foi.

Gardez bien votre amitié neuve,

La mienne plus ne variera,

Et puis, nous verrons à l'épreuve

Qui premier s'en repentira.

 

Bergeries, 1583

Du même auteur :

« Las. Je ne verrai plus… » (16/02/2015)

« Sommeil… » (24/02/2018)

« Depuis le triste point de ma frêle naissance... (24/02/2019)