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Le pays

 

Joyeux le marinier vers le fleuve paisible rentre

     Des îles loin d’ici, quand sa moisson est faite ;

          Moi aussi, j’aimerais revenir au pays, si j’avais

               Autant que de douleur moissonné de richesses.

Ô, vous, rives si chères qui jadis m’éduquèrent,

     Apaisez-vous les maux de l’amour, promettez-vous,

          Forêts de ma jeunesse, que je retrouverai

               Au retour, une fois encore, le repos ?

Le frais ruisseau où je voyais jouer l’onde,

     Le fleuve où glissaient les bateaux, je vais

          Bientôt y être ; bientôt je vous saluerai,

               Montagnes familières qui jadis m’abritaient, limites

Vénérées et sûres du pays, la maison de la mère,

     Les frères et sœurs aimants m’embrasseront ;

          Tous, vous m’entourerez si bien qu’ainsi,

               Comme pansé, mon cœur puisse guérir.

Ô vous qui êtes demeurés fidèles ! Mais je sais, je sais bien,

     Que ma douleur d’amour ne va pas guérir de sitôt.

          Nulle berceuse, comme en chantent les mortels,

               Pour consoler, ne la chassera de mon sein.

Car ceux-là qui nous prêtent le feu céleste,

     Les Dieux, nous offrent aussi une douleur sacrée,

          Aussi, que cela reste. Je semble être un fils

               De la terre ; fait pour aimer, pour souffrir.

 

 

Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Lefebvre

In, « Anthologie bilingue de la poésie allemande »

Editions Gallimard (La Pléiade), 1995

Du même auteur :

« Je connais quelque part un château-fort …» / « Das alte Schloss zu untergraben … » (14/02/2015)

Ainsi Ménon pleurait Diotima / Menons Klagen um diotima (06/02/2016)

Chant du destin d’Hypérion / Hyperions Schickalslied (06/02/2018)

Fantaisie du soir / Abendphantasie (06/02/2019)

 

Die Heimat

 

Froh kehrt der Schiffer heim an den stillen Strom,

     Von Inseln fernher, wenn er geerndtet hat ;

          So käm auch ich zur Heimath, hätt ich

               Güter so viele, wie Laid, geerndtet.

Ihr theuern Ufer, die mich erzogen einst,

     Stillt ihr der Liebe Leiden, versprecht ihr mir,

          Ihr Wälder meiner Jugend, wenn ich

               Komme, die Ruhe noch einmal wieder?

Am kühlen Bache, wo ich der Wellen Spiel,

     Am Strome, wo ich gleiten die Schiffe sah,

          Dort bin ich bald; euch traute Berge,

               Die mich behüteten einst, der Heimath

Verehrte sichre Grenzen, der Mutter Haus

     Und liebender Geschwister Umarmungen

          Begrüß’ ich bald und ihr umschließt mich,

               Daß, wie in Banden, das Herz mir heile,

Ihr treugebliebnen! aber ich weiß, ich weiß,

     Der Liebe Laid, diß heilet so bald mir nicht,

          Diß singt kein Wiegensang, den tröstend

               Sterbliche singen, mir aus dem Busen.

Denn sie, die uns das himmlische Feuer leihn,

     Die Götter schenken heiliges Leid uns auch,

          Drum bleibe dies. Ein Sohn der Erde

 

               Schein ich; zu lieben gemacht, zu leiden.

 

Poème précédent en allemand :

Novalis : « Les prés se sont recouverts de verdure… » / « Es färbte sich die Wiese grün… » (01/02/2017) 

Poème suivant en allemand : 

« Sous la houe brillante de la lune… » / « Unter der blanken Hacke des Monds… » (16/04/2017)