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Est-ce le soleil qui se couche 

Est-ce le sommeil

Est-ce moi 

Je ferme les yeux simplement

pour mieux voir

mon pays

mon royaume

Il n'y a plus rien autour de moi

mon pays du sommeil

que je découvre à tâtons

la reine a les yeux d'un vert spécial

presque tendre

il y a toujours de belles forêts

qui bercent le silence

Je vois de grands chemins très blancs

comme les lignes de la main

Rien ne sert de pleurer

les larmes éternelles sont des étincelles

qui brillent et qui creusent

les yeux d'un vert spécial

presque tendre

Toutes les fumées du ciel

 Et tous les grains de sable

 se ressemblent

 et je dors tout près du soleil

 ma bouche repose près d'un fleuve

qui va chantant

les louanges des femmes de ma race

celles qui le soir oublient leurs cheveux blancs

et qui laissent mourir leurs amants

en s'endormant

Le rire comme un paquebot

s'éloigne

du royaume

où naissent les étoiles

où les arbres hautains sont des prières

Le rire qui fait mal

et qui fait mal

et qui console

le rire de Dieu

Le sommeil est couché à mes pieds

Et je me lève pour le regarder

les yeux d'une reine

qui sont verts simplement

comme la mer où elle est née

 et son royaume s'étend sur toute la terre

 et sur toutes les années.

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(Larmes de soleil)

In, Georges-Emmanuel Clancier : « De Rimbaud au surréalisme.

Panorama critique. »

Editions Seghers, 1959

 

Du même auteur :

 Georgia (16/01/2014)

Est-ce le vent (16/01/2015)  

Westwego (16/01/2016)

« Sous les arbres mauves… » (16/01/2018)

« Rien que cette lumière ... » (16/01/2019)