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Je sais la caresse du petit matin, l’aplomb brutal de midi, la

    sournoise inversion du soir

je sais le vertigineux à-pic de la nuit et l’accablante horizontalité

     du jour

je sais les hauts et les bas, les hauts d’où l’on retombe à coup sûr,

     les bas dont on ne se relève pas

je sais que le chemin de douleur n’a de stations qu’en nombre limité

je sais le souffle haché, le souffle coupé, l’haleine fétide, les effluves

     d’air cru et les émanations de gaz de ville

je sais les étreintes vides, la semence crachée par dépit sur la

     porcelaine

je sais la face du mot qui vous sera renvoyée comme un gifle

je sais que l’amitié et l’amour n’ont pas d’aubier

je sais que les amarres rompues, le cou brisé, la semelle usée

     ont pour commun dénominateur la corde

je sais que la détonation contient le même volume sonore que

     les battements de cœur qui bâtissent tout une vie.

j’ai vécu pour savoir et je n’ai pas su vivre.

Septembre 1959

 

Poésies complètes,

Guy Chambelland éditeur, 1963

Du même auteur : « La mort… » (23/12/2017)