Jean_Pierre_Duprey_1_

 

Une rivière coulait au milieu d’un bois

 

I

Première nuit

 

          Enfin, j’ai retrouvé mon élément !

          C’est l’heure où le crépuscule des marécages s’arrache à son

sommeil et dételle sa barque de la berge. Un lapin fabuleux jaillit

d’on ne sait où, fumant des tiges de roses. Nous lui demandons un

peu de son tabac. Quand au reste, nous le laissons aux petits oiseaux.

 

II

Deuxième nuit

 

          Ai-je dormi depuis le déluge ? suis-je bien intact ? bien correct ?

J’ai désappris le langage du monde mais j’aime tant celui des fleurs.

          Je pars, camarade, adieu à tous, les convulsions folles m’ont pris

ce matin et, sans desserrer les lèvres, la pluie m’a traîné par son licol !

 

III

Troisième nuit

 

           Ah misère ! cette vie est si profonde qu’on ne distingue rien. Mais

non, je ne lâcherai pas, la voir est un trop beau film ! Que voulez-vous,

j’aime çà ! Qu’on dise après que je ne suis pas romantique.

 

(21 février 1946)

 

Revue « Seine, N°3 »

76000 Rouen, 1946

Du même auteur :

Où que j’erre (13/12/2017)

Le condamné à vivre (13/12/2018)