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Le mur

à la mémoire de Caryl Chessman

 

La nuit, l’amère, et puis le mur. Le mur.

Le temps s’arrête au pied du mur, mille ans de mur,

 

Mille milliards d’année de mur, de primevères

Et de soleils d’été, d’hivers de feu, de glace.

 

Le souffle des saisons s’arrête au pied du mur

Où l’image du ciel tout à coup se renverse.

 

Où la terre en plein front m’aveugle comme un masque,

Le masque de la terre et de l’eau que j’essuie,

 

Que je mêle à mon sang comme un ruisseau de boue.

Déjà la mort est longue et le temps se détruit,

 

La chaleur comme un feu lentement se dénoue,

L’ombre saigne entre deux soleils la fin du monde,

 

Et le noir m’envahit, tourne comme une roue.

Corbeaux, vague de corbeaux lents, charbons de

 

 nuit,

 

Le bruit plus sourd que mille cloches de vendanges

Soudain grandit où je me pétrifie.

 

La Pierre allumée, suivie de La Chambre du musicien,

Editions A la Baconnière, Neuchâtel (Suisse), 1962.

 

Du même auteur :

Postface (09/12/2015)

Quand je me trouve seul (09/12/2017)

Retour (09/12/2018)