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     J’ai tellement eu faim dans ma vie que ça m’a coupé l’appétit

à jamais.

     Dur à avaler quand on sait qu’on ne pourra régler l’addition

dur à avaler le sandwich qui vous fait une boule à cri étranglé,

difficile de déglutir quand on n’a pas de quoi payer c’qu’on graille !

La phrase pour exprimer cela vous étouffe avec. Pourtant çà creuse,

l’inanition.    

 

     Un véritable métier que de chercher du travail ; une sorte de

profession libérale avancée. Mais quelle occupation harassante !

vraiment pas payée pour le boulot que çà donnait… Et aucune

garantie sur l’avenir…

     Chaque jour levé de bonne heure.

     Lecture des petites annonces.

     Lettres avec curriculum vitae.

     Coups de téléphone – « occupé/occupé/occupé » : la place est

libre ;

     « libre » : la place est prise.

     Métro ou à pied le plus souvent.

     Se présenter à.

     Salle d’attente.

 

     Bureau de l’employeur :

     - V’z’ êtes trop jeune, mon vieux !

     Les années ayant passé, la chance a tourné. C’est devenu :

     - V’z’ êtes trop vieux, mon p’tit

 

Je ne vais pas bien, mais il faut que j’y aille.

Editions du Seuil, 1987

Du même auteur :

« Je vis la mort à chaque instant… » (06/12/2014) 

« Tu perdras le sommeil… » (06/12/1205)

« Je    suis   un   malade, … »  (06/12/2017)

 

« La douleur qui, peut-être... » (06/12/2018)