Claude Vaillant poète, rue de Brocéliande

1

Avez-vous jamais vu

un homme insulter l’arbre

 

quand l’hiver a tari

la sève et le feuillage ?

 

Avez-vous jamais vu

reprocher à la terre

 

la blanche aridité

qui enrobe les prés ?

 

2

Depuis toujours l’été

s’épuise et se dépouille ;

 

depuis toujours l’automne

grince au vent qui se rouille ;

 

et l’amour est semblable

aux pommes du verger :

 

le temps qui le mûrit

le fait tomber de l’arbre.

 

3

Quand le fruit se détache

et s’écrase sur l’herbe,

 

il ne faut pas gémir

sur cette déchirure ;

 

mais louer la saison

incisive et cruelle

 

qui promet à l’été

sa future saveur.

 

4

Jouirions-nous autant

du cycle des saisons

 

sans l’attente et l’absence,

la jachère et l’épure ?

 

S’il faut de longs sommeils

pour reposer la terre ;

 

pour savoir son odeur,

il faut sortir de soi !

 

5

Toute vie s’accomplit

dans la métamorphose.

 

Pour s’accroître de soi,

il faut se séparer.

 

Pour mesurer son âme,

il faut de la distance.

 

Et toute poésie

se nourrit de mémoire.

 

6

Les vergers sont-ils clos ?

Les arbres sont-ils morts ?

 

Non ! les arbres sont verts 

et les vergers ouverts.

 

Son amour m’a couvert

de bourgeons innombrables.

 

Les fleurs de son verger

Ont blanchi mes ténèbres.

 

7

J’ai renoncé au gel

pour accepter l’offrande

 

et le consentement

que son cœur me dispense.

 

Ses mains ont suscité

la beauté que j’abrite ;

 

et j’ai uni son nom

à tout ce que j’aimais.

 

8

Sois bénie pour l’annonce

et la salutation !

 

Sois bénie pour l’azur

dont ton regard me vêt !

 

Sois bénie sur le seuil

doré de l’allégresse !

 

ô lumineuse enfant

debout dans mon printemps !

 

dans l’incendie tout a brûlé

Editions Autres Rives, 35000Rennes, 1984   

 

 

 

Du même auteur :

Frontière (22/11/2017)

« Pour aller plus avant ... » (22/11/2018)