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Il est parti sans faire cygne

 

(Méditation au bord de l’eau pour Chan Ky Yut)

 

Le noyé danse au fil des eaux

Sous le saule qui le caresse.

L’homme passe entre les roseaux

Il semble en proie à la paresse.

 

Il ne peut voir le nuage

Qui dessine des barbes blanches

Il n’est plus qu’un corps qui surnage

Ou qui dérive entre les branches.

 

La forêt se devine au loin

Sous une gaze de lumière.

Il ne sera bientôt qu’un point

Qui disparaît dans la poussière.

 

La roche surplombe la rive

Et l’herbe croît le long des berges.

On n’entend plus la voix naïve

Des oiseaux dans les hauteurs vierges.

 

Le vent s’est tu et se souvient

De tant de cortèges funèbres.

Mais l’homme est seul et rien ne vient

L’accompagner dans les ténèbres.

 

Le silence pèse sur l’eau.

Le temps trône sur sa balance.

Il n’est pas meilleur tombeau

Que celui où l’on flotte et danse.

 

Que d’Ophélie s’en sont allées

Lovées dedans leurs tresses blondes !

Mais l’homme ignorait les allées

Qui mène au meilleur des mondes.

 

Il est parti sans faire cygne

Dans le paysage serein.

On ne sait ce que la mort signe

Dans ce tableau au bord du rien.

 

(Moscou-Paris, 20-IV-2004)

 

Revue « Poésie 1 / Vagabondages, N° 42, Juin 2005 »

Le cherche midi éditeur, 2005

Du même auteur :

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