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Vocabulaire

 

Quand je dis myrtille c’est l’ombre odorante des amours

Quand je dis collines le langage oublié de l’enfance

Quand je dis bleu le double regard de mon sang

De mon nom qui colore hier aux couleurs de demain.

Quand je dis noisette je vois Juliette et ses dix ans

Mais le cœur connaît-il des saisons pour rêver ?

Je vois encore une bergère de dix ans

Au fond des prés, il y a longtemps, la vieille femme

Que je vénère comme la vie et qui garde ses morts

Doucement telles autrefois ses peureuses brebis.

Quand je dis couleuvre ô charmeurs d’oiseaux et d’orvets

Mes aïeux espiègles ouvriers de la révolution

Me font un clin d’œil de malice au-delà des tombes.

Quand je dis pain c’est père plus généreux et vif

Que blés dans leur gloire couronnés par le vent

Mer c’est la mer blonde et bleue comme les plages

La vague qui berce et s’endort et secoue ses cheveux.

Quand je dis arbre mon fils tendre feuillage étincelle

Sylvestre printemps qui ruisselle sur les pierres,

Quand je dis nuit celle que j’aime monte vers moi

Du fond des songes femme de nuit et de songe.

 

Une voix,

Editions Gallimard, 1957

Du même auteur :

A mi–voix (16/11/2015)

« Je ne suis que cet enfant... » (15/08/2018)

Le témoin (15/08/2019)