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Je rêve de vers doux et d'intimes ramages,

De vers à frôler l'âme ainsi que des plumages,

De vers blonds où le sens fluide se délie

Comme sous l'eau la chevelure d'Ophélie,

De vers silencieux, et sans rythme et sans trame

Où la rime sans bruit glisse comme une rame,

De vers d'une ancienne étoffe, exténuée,

Impalpable comme le son et la nuée,


De vers de soir d'automne ensorcelant les heures

Au rite féminin des syllabes mineures.

De vers de soirs d'amour énervés de verveine,

Où l'âme sente, exquise, une caresse à peine,

 

Et qui au long des nerfs baignés d’ondes calines

Meurent à l’infini en pâmoisons félines,

Comme un parfum dissous parmi des tiédeurs closes,

 

Violes d’or, et pianissim’amorose…

Je rêve de vers doux mourant comme des roses.

 

Au jardin de l’infante,

Editions du Mercure de France,1893

Du même auteur : « Il est d’étranges soirs… » (21/10/2017)