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A chaque prophète sa grâce, à chaque amour

son langage

 

Et toi, mon aimée, toi parole gracieuse,

toi ma voix et me signes

 

Unique de la singularité de l’inspiration,

Demeures la solitaire du verbe

 

Parmi toutes les femmes, parmi tous les

destins, je t’ai choisie responsable de la joie

 

De la solitude qui façonne les aigles,

responsables de l’amour qui façonne le langage

pour les hommes singuliers.

 

Les générations des mots se renouvellent en

nous comme nous nous renouvelons dans l’amour,

et là où le corps se tait le langage meurt

et la poésie

 

Et meurt aussi l’arbre de l’homme dont les

racines plongent dans les cieux.

 

Longue fut la marche vers la parole,

et lorsque j’ai pu t’atteindre

j’avais perdu mon langage et ne retrouvais

d’autre que toi

 

Tu es mon expression avec laquelle j’officie,

le vocabulaire par lequel je me prononce,

par delà moi-même, pour toi,

je te dis l’ivresse pour ma passion,

par laquelle je dis l’univers

 

Le langage qui me rend à l’histoire

Le langage qui m’annule

Et qui me ressuscite.

 

L’amour dépasse le langage impuissant comme

le parfum transcende la rose inconsciente !

 

Une rose peut-elle contenir son parfum ?

 

La voici ; telle qu’elle respire !

Qu’y at-il de plus éloquemment fugace

Que la pérennité de cet éphémère ?

 

Merveilleuse et fragile comme les choses

qui vont à la mort.

 

Traduit de l’arabe par Lody Aoueiss

In, Revue « vagabondages, N° 31, Juin 1981 »

Association Paris-poète

Librairie Séguier, 1981