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Pour les Trépassés

 

Ils sont morts. Ils sont étendus dans la tombe froide et silencieuse,

          Là-bas, au cimetière de la paroisse ;

Sous leur tête quatre planches, un peu de paille,

Au-dessus, six pieds de terre, et une pierre et une croix.

Sur la croix noire leur nom autrefois peint en blanc

          A été délavé par la pluie ;

Tout autour, une herbe grasse croît sur le terrain…

Ceux-là qui sont morts, oh ! ne les oublions pas !

 

Si à nos yeux on découvrait leur tombe,

          Qu’y verrions-nous ?

Deux ou trois pauvres ossements, dernières reliques,

Et de la cendre mélangée aux morceaux pourris du cercueil.

O travail effrayant de l’Angoisseur ! C’est donc vrai :

          Il n’est resté rien autre chose

De cet homme qui était hier joyeux et plein de vie ?...

Ceux-là qui sont morts, oh ! ne les oublions pas.

 

Ils ne voient rien ; ils n’entendent rien. Il fait nuit pour eux.

          Le rossignol a beau chanter,

Le vent qui passe dans les arbres a beau

Sur les branches défeuillées se plaindre et gémir,

Ils sont muets, ils sont sourds. La nuit est sur eux, la nuit,

          La nuit pesante, les ténèbres,

Yeux, oreilles, bouche, à jamais fermés.

Ceux-là qui sont morts, oh, ne les oublions pas.

 

O paix effroyable de la tombe, quel enseignement

          Tu nous donnes aujourd’hui, toi !

Une bière, un trou étroit, des ténèbres, de la pourriture,

Voilà la fin de tout homme, voilà ma fin.

Voilà où sont allés nos pères, nos mères,

          Tous ceux que nous avons connus,

Les vers ont peu à peu rongé leur corps :

Ceux-là qui sont morts, oh ! ne les oublions pas.

 

Non, ne les oublions pas ! Car il est dur de mourir,

          Il est angoissant de se séparer :

Nous-mêmes, nous aimons tant le lieu de notre berceau

Que c’est une grande tristesse quand nous quittons le seuil de la porte.

Pourtant nous avons l’espérance !...

          Mais eux, maison, parent, patrie,

Ils ont tout abandonné en une heure

Sans qu’aucun d’entre eux pût dire : « Je reviendrai ».

Ceux-là qui sont morts, oh ! ne les oublions pas.

 

Non, ne les oublions pas ! Souvenez-vous plutôt, vous,

          Qu’autrefois cette tête-ci

Quand il y avait un peu de vie dans ses yeux vides,

A jeté sur vous des regards de tendresse ;

Que cette pauvre bouche-ci vous fît du bien au cœur,

Avec des paroles douces, quand vous étiez dans la peine :

 

Non, si vous avez l’âme et l’esprit d’un Breton,

Ceux-là qui sont morts, vous ne les oublierez pas…

… Mais écoutez : Voici que les cloches tintent

          Lentement, un coup après un coup :

Quand même vous ne voudriez pas songer aux pauvres âmes,

Les trépassés, par la voix de la cloche, demandent les prières,

          Car si le corps est misérable,

Au milieu du feu peut-être sont les âmes…

Ceux-là qui sont morts, oh ! ne les oublions pas

 

Le 2 novembre 1905

 

Traduit du breton par Yves Le Moal

 

Eid en enan

“ Memento, homo quia pulvis es,

et in  pulverem revertis.”

(Overenn Merhér el Ludu.)

 

Marù int. Astennet int ér bé yein ha didrouz 

          Duhont é béred er barréz ;

Edan o ‘fenn pedér planchenn, un torchad plouz,

Adrest, hwéh troèted douar, hag ur mén, hag ur groéz.

Ar er groéz du, o anù, gwéharall bet é gwenn,

          Ged et glaù e zo disliùet ;

Tro-ha-tro, urt yéot dru e za en dachenn…

Er ré-zé treménet, o ! n’o ankouéham ket !

 

Pe vehé d’on lagad dizoleit o béieu,

          Petra e wélehem abarh ?

Deu bé dri askorn peur, devéhañ relégeu

Ha ludu, kemmesket ged tammeu brein en arh.

O labour hirisuz en Ankeu ! Gwir ‘ta é :

          Tra erbed all nen dé chomet

A henneb, e oé déh gwiù ha lan a vuhé?...

A henneb treménet, o ! n’o ankouéham ket !

 

O peah euhuz er Bé, pebeh kelennadur

          E res dem elkent hiriù, té !

Un arh, un tamm toull strih, téoélded, breinadur,

Chetu devé peb dén, chetu men devé-mé.

Ché émen é ma oeit on tadeu, or mammeu,

          Oll er ré or-bes anaùet;

Er preñùed, tamm ha tamm, ‘n-des krignet o horveu :

Er ré-zé treménet, o ! n’o ankouénam ket.

 

Nann, n’o ankouéham ket ! Rag kaled é merùel,

          Ankinuz, é ’n em zisparti ;

Ni-mem, karein e hram kement léh or havell,

M’é ma un dristé vraz pe laoskam treuz en ti.

Neoah on-es goanag ! … Med ind, ti, tud ha bro,

          En un eur o-des délaosket

Heb ne hellé hani lared : « Me zei endro ! »

Er ré-zé treménet, o ! n’o ankouéham ket.

 

Nann, n’o ankouéham ket ! Dalhet sonj kentoh, hwi

          Penaoz gwéharall er penn-sé

Pe oé un tamm buhé én é lagad gouli

En-des taolet arnoh selleu a garanté ;

Penaoz  er beg peur-man ‘n-des groeit vad d’ho kalon,

          Ged komzeu doud pe oeh poéniet :

 

Nann, mar ho-pes iné ha spered ur Breton,

Er ré-zé treménet, o ! n’o ankouéheèt ket.

- Med cheleuet : chetu er hlehiér é tinsal,

           Difonn, un taol arlerh un taol :

Na ne venneheh ket én énan peur chonjal,

Er houn-sé, er gobeu én ho kalon en taol.

En Enan dré er hloh e houlenn pédenneu,

          Rag, mar dé ‘r horv truheg meurbed,

E kreiz en tan marsé é ma en inéañùeu…

Er ré-zé treménet, o ! n’o ankouéham ket.

En 2 a viz du 1905

 

Ar en deulin – A genoux

Editions Kendalc’h, 1963

Poème précédent en breton :

Roparz Hemon : Vie / Buhez (04/09/2016)

Poème suivant en breton :

Jakez Riou : La fontaine noire / Ar feunteun zu (26/12/2016)