220px_Kakinomoto_Hitomaro_1_

 

Sur la route de Karu…

 

Sur la route de Karu

(oies sauvages                                        à travers le ciel)

est le village

de mon amour

et violemment

je rêvais de la voir

malgré les yeux

fixés sur moi

je rêvais notre rencontre

branches du Katsura

et je vivais confiant

comme le pilote d’un grand bateau

l’aimant toujours

en secret ainsi

une petite flamme dans le silex

une eau profonde dans le roc

le soleil à travers le ciel

se pose

la lune brillante

se cache sous les nuages

et mon amour qui s’appuyait

sur moi comme l’algue sur la vague

s’est évanouie

rouge feuille de l’érable

le messager est venu

la nouvelle

fut comme le bruit de l’arc

je ne sais que faire

ni que dire

je cherche dans mon cœur

apaiser

un fragment       des mille fragments de mon amour

comment vivre n’entendre

que cela

je vais sur la route de Karu

où mon amour

si souvent m’attendait

je vais j’écoute

guettant sa voix mais seulement

les oies crient

sur Unebi

(o nuque gracieuse

comme des bandelettes au poignet)

de ceux qui vont

sur la route javelot

pas un

ne lui ressemble

et rien ne me reste plus que

crier le nom de mon amour

en secouant mes manches

 

(Envois)

sur la montagne d’automne

     les feuilles rouge sont épaisses

je cherche mon amour

     égarée

mais je ne sais pas le chemin

     dans la chute

des feuilles de l’érable

     je vois le messager

                    sa branche d’if

     et pense à nos jours ensemble

 

 

Traduit du japonais par Jacques Roubaud

In, Revue « Vagabondages, N°77, janv./ Fév./Mars 1990 »

Association Paris-poète

Librairie Séguier, 1990

Du même auteur : L’océan du ciel (30/09/2019)