30 août 2016

Gaston Miron (1928 – 1996) : Monologues de l'aliénation délirante

  Monologues de l'aliénation délirante I Le plus souvent ne sachant où je suis ni pourquoi je me parle à voix basse voyageuse continûment continuellement et d'autres fois en phrases détachées (ainsi que se meuvent chacune de nos vies) puis je déparle à voix haute dans les haut-parleurs crevant les cauchemars et d'autres fois encore déambulant dans un orbe calfeutré les larmes poussent comme de l'herbe dans mes yeux j'entends de loin de l'enfance ou du futur les eaux vives de la peine lente dans les... [Lire la suite]
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29 août 2016

Mahmoud Darwich /محمود درويش (2008 - 1942) : A ma mère / إلـى أمّــي

  A ma mère   J'ai la nostalgie du pain de ma mère, Du café de ma mère, Des caresses de ma mère... Et l'enfance grandit en moi, Jour après jour, Et je chéris ma vie, car Si je mourais, J'aurais honte des larmes de ma mère ! Fais de moi, si je rentre un jour, Une ombrelle pour tes paupières. Recouvre mes os de cette herbe Baptisée sous tes talons innocents. Attache-moi Avec une mèche de tes cheveux, Un fil qui pend à l'ourlet de ta robe... Et je serai, peut-être, un dieu, Peut-être un... [Lire la suite]
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28 août 2016

Vladimir Vladimirovitch Maïakovski / Владимир Владимирович Маяковский (1893 – 1930) : Vente au rabais

  Vente au rabais   Que je charme une femme et qu’un roman j’ébauche, que même, par hasard, je regarde un passant, et prudemment chacun met sa main sur sa poche. Pourtant que pourrait-on prendre à des mendiants ?   Client pour ma sagène (1) au cimetière en friche, combien de temps encor va s’écouler avant qu’on sache que je suis infiniment plus riche que n’importe lequel de ces Pierpont Morgan (2)?   Je ne suis aujourd’hui qu’un pitre qu’on redoute, mais dans combien de temps des... [Lire la suite]
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27 août 2016

Robert Marteau (1925 – 2011) : « Un arbre éperdument… »

      Un arbre éperdument jette ses bras au ciel Car le lierre à la longue l'a étranglé : On le voit qui voudrait à tout prix s'agripper À tout ce qui passe en fait de nuages, brumes, Mais il ne saisit rien, et c'est l'insaisissable Qui s'empare sournoisement de lui, l'évide, Le point de l'écorce au cœur sans que compatissent Pour autant les étourneaux qui viennent en bandes S'y poser, y sifflant et modulant leurs notes, Surtout quand le soleil descend, visible ou non, Et qu'il va faire nuit. Et quand... [Lire la suite]
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26 août 2016

Henri Pichette (1924 – 2000) : « Je fais corps… »

  …….      Je fais corps      Avec l’âme, Avec le fleuve entre ses bords de poussière vivante,      Avec la mer En tous sens éprouvée par d’assoiffés navires,      Avec l’embrun aux fins délires      Et la buée sur l’œil du phare ; Le miroir de la mort ne m’a pas aveuglé ;      Je demeure éveillé      Avec l’engrais et le limon Le lehm, la boue, le loess, les goémons, ... [Lire la suite]
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25 août 2016

Denis Rigal (1938 - ) : avant-guerre

      avant-guerre   une après-midi d’été longue et des pommiers les ombres loin vers l’est étendues et l’on a la matrice du temps pour bellement refaire le monde et ses rivières la volupté des barques et rouge vif les fruits pendant aux rives dans le paisible jour qui ne va nulle part qui culmine dans le silence cristallin juste avant les fifres et les trombes (d’une persistence)     Revue « Poésie Partagée, Eté 1987, Editions Folle Avoine, 35850 Romillé,1987 Du même... [Lire la suite]
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24 août 2016

Jean Genet (1910 – 1986) : Un chant d’amour

  Un chant d’amour   à LUCIEN Sénemaud     BERGER descends du ciel où dorment tes brebis ! Au duvet d’un berger bel Hiver je te livre) Sous mon haleine encore si ton sexe est de givre Aurore le défait de ce fragile habit. Est-il question d’aimer au lever du soleil ? Leurs chants dorment encore dans le gosier des pâtres. Écartons nos rideaux sur ce décor de marbre ; Ton visage ahuri saupoudré de sommeil.   Ô ta grâce m’accable et je tourne de l’œil Beau navire habillé pour la... [Lire la suite]
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23 août 2016

Luc Bérimont (1915-1983) : Remouleur

  Remouleur   Septembre avait l’ardeur d’un chien roux dans les vignes Une flamme tremblait au bord de la maison Maintenant, c’est le vent qui dévale les combes Les arbres calcinés qui rongent les gazons.   La pluie pieds nus, la pluie rôdeuse d’avant l’aube Marche sur les hangars et les troupeaux transis, La fenêtre capture un vol d’oiseaux sauvages Qui rament des forêts de bronze dans l’air gris.   Il ne restera rien que le pain, que la neige Que le Layon gelé dans le bas du coteau ; Le ciel des... [Lire la suite]
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22 août 2016

José – Maria de Heredia ( 1842 – 1905) : La sieste

  La sieste     Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude, Tout dort sous les grands bois accablés de soleil Où le feuillage épais tamise un jour pareil Au velours sombre et doux des mousses d'émeraude.   Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil, De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil Qui s'allonge et se croise à travers l'ombre chaude.   Vers la gaze de feu que trament les rayons, Vole le frêle essaim des riches... [Lire la suite]
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16 août 2016

Charles Cros (1842-1888) : Matin

  Matin   Voici le matin bleu. Ma rose et blonde amie Lasse d'amour, sous mes baisers, s'est endormie. Voici le matin bleu qui vient sur l'oreiller Éteindre les lueurs oranges du foyer.   L'insoucieuse dort. La fatigue a fait taire Le babil de cristal, les soupirs de panthère, Les voraces baisers et les rires perlés. Et l'or capricieux des cheveux déroulés   Fait un cadre ondoyant à la tête qui penche. Nue et fière de ses contours, la gorge blanche Où, sur les deux sommets, fleurit le sang... [Lire la suite]
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