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La sieste

 

 

Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude,


Tout dort sous les grands bois accablés de soleil


Où le feuillage épais tamise un jour pareil


Au velours sombre et doux des mousses d'émeraude.

 



Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde


Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,


De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil


Qui s'allonge et se croise à travers l'ombre chaude.

 



Vers la gaze de feu que trament les rayons,


Vole le frêle essaim des riches papillons


Qu'enivrent la lumière et le parfum des sèves ;

 



Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,


Et dans les mailles d'or de ce filet subtil,


Chasseur harmonieux, j'emprisonne mes rêves.

 

Les Trophées,

P. Lemerre éditeur,1893

Du même auteur :

Les conquérants (13/05/2014)

Maris stella (13/05/2015)

Armor (09/10/2017)