221_1_

 

Las où est maintenant ce mépris de Fortune ?

Où est ce cœur vainqueur de toute adversité,

Cet honnête désir de l’immortalité,

Et cette honnête flamme au peuple non commune ?

 

Où sont ces doux plaisirs, qu’au soir sous la nuit brune

Les Muses me donnaient, alors qu’en liberté

Dessus le vert tapis d’un rivage écarté

Je les menais danser aux rayons de la Lune ?

 

Maintenant la Fortune est maîtresse de moi,

Et mon cœur, qui soulait être maître de soi,

Est serf de mille maux et regrets qui m’ennuient.

 

De la postérité je n’ai plus de souci,

Cette divine ardeur, je ne l’ai plus aussi,

 

Et les Muses de moi, comme étranges, s’enfuient.

 

 

 

Las, où est maintenant ce mespris de Fortune?

Où est ce coeur vainqueur de toute adversité,

Cest honneste desir de l'immortalité,

Et ceste honneste flamme au peuple non commune?


Où sont ces doulx plaisirs, qu'au soir sous la nuict brune

Les Muses me donnoient; alors qu'en liberté

Dessus le verd tapy d'un rivage escuarté

Je les menois danser aux rayons de la Lune?


Maintenant la Fortune est maistresse de moy,

Et mon coeur qui souloit estre maistre de soy,

Est serf de mille maulx et regrets qui m'ennuyent.

De la posterité je n'ay plus de soucy,

Ceste divine ardeur, je ne l'ay plus aussi,

Et les Muses de moy, comme estranges, s'enfuyent.

 

Les Regrets

Frédéric Morel, l'Ancien, imprimeur, 1558

 

 

Du même auteur :

 « Heureux qui comme Ulysse… » (09/08/2014)

« Déjà la nuit en son parc… » (09/08/2015)

« J'aime la liberté… » (09/08/2017)

D’un vanneur de blé aux vents (09/08/2018)

« Comme on passe en été... » (09/08/2019)