Shu_Ting_1_

Au chêne

 

Je t’aimerais…

non comme font les fleurs de givre grimpantes

qui t’empruntent ta plus haute branche pour te faire valoir ;

je t’aimerais…

non comme fait l’oiseau enamouré

qui rabâche pour ton ombre un chant pur ;

je ne m’en tiendrai pas à imiter la source

qui a longueur d’année offre la fraîcheur de sa consolation ;

ni les sommets périlleux

qui te rehaussent, font sortir ta dignité.

Ou même la lumière.

ou même la pluie.

Non, tout cela ne suffirait pas !

Je devrais être un pied de fromager à proximité de toi,

en tant qu’image de l’arbre être debout avec toi.

Racines s’empoignant sous terre,

feuilles se touchant dans les nuages,

à chaque souffle de vent

nous nous saluerions,

mais personne

ne comprendrait notre langage.

Tu aurais la solide charpente

du couteau, de l’épée

ou d’une hallebarde :

j’aurais mes grosses fleurs rouges

tels de lourds soupirs

ou des torches héroïques.

Nous partagerions vagues de froid, orages, foudre,

mais aussi la brume, les vapeurs, l’arc-en-ciel,

on nous croirait séparés pour toujours

pourtant nous serions liés à la vie.

Tel est le sublime amour,

là réside la constance :

l’amour…

aimer non seulement ta haute stature,

mais ta stabilité et la terre à tes pieds.

 

1977

 

Traduit du chinois par Chantal Chen-Andro

In, « Le ciel en fuite. Anthologie de la nouvelle poésie chinoise »

Editions Circé, 88210 Belval, 2004

Du même auteur :

? ! (01/08/2015)

La perle, cette larme de la mer (24/12/2017)