guy_goffette_1_

 

L’Attente

I

Si tu viens pour rester, dit-elle, ne parle pas.

Il suffit de la pluie et du vent sur les tuiles,

il suffit du silence que les meubles entassent

comme poussière depuis des siècles sans toi.

 

Ne parle pas encore. Écoute ce qui fut

lame dans ma chair : chaque pas, un rire au loin,

l’aboiement du cabot, la portière qui claque

et ce train qui n’en finit pas de passer

 

sur mes os. Reste sans paroles : il n’y a rien

à dire. Laisse la pluie redevenir la pluie

et le vent cette marée sous les tuiles, laisse

le chien crier son nom dans la nuit, la portière

claquer, s’en aller l’inconnu en ce lieu nul

où je mourais. Reste si tu viens pour rester.

 

La vie promise

Editions Gallimard,1991

 

Du même auteur :

« Dimanche de poissons » (30/07/2017)

Le poids du silence (30/07/2018)