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Eloge du silence

 

Loué sois-tu silence qui entoures la pensée

Le mot ne vient qu’après. Mais entre lui et la pensée

Qu’il exprime, il y a cette bande suave de silence

Comme un jardin entre la maison et la haie-vive.

 

C’est ainsi que le nageur avant de plonger dans l’eau

Emplit ses poumons et retient son souffle

C’est ainsi que l’idée – qui était temps -  devient parole

     - qui est espace

C’est ainsi qu’entre poème et vers se situe le blanc.

 

Et peut-être qu’autour de la vie même il y a ce silence

Qui la sépare et l’unit à la mort : cette bouche d’air

Entre le corps et le vêtement. Car si la vie

Est la pensée, la mort est le contour qui l’exprime.

 

Mais si l’oreille entend le mot sans rien savoir

De la muette musique enfermée en ses murs

De la mort chacun sait le glorieux silence

Sans deviner la forme où celui-ci est clos.

 

Contre-solitude

Editions Bordas , 1946

Du même auteur :

Mon peuple fantôme (08/06/2015)

Fragments (08/06/2017)

Mes amis, mes montagnes (08/06/2018)

Amitié du poète (08/06/2019)