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Madrigal

 

Si c’est aimer, Madame, et de jour et de nuit

Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire,

Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire

Qu’adorer et servir la beauté qui me nuit ;

Si c’est aimer de suivre un bonheur qui me fuit,

De me perdre moi-même, et d’être solitaire,

Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre, et me taire,

Pleurer, crier merci, et m’en voir éconduit ;

Si c’est aimer de vivre en vous plus qu’en moi-même,

Cacher d’un front joyeux une langueur extrême,

Sentir au fond de l’âme un combat inégal,

Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traite,

Honteux, parlant à vous, de confesser mon mal ;

Si cela c’est aimer, furieux, je vous aime.

Je vous aime, et sais bien que mon mal est fatal,

Le cœur le dit assez, mais la langue est muette.

 

 

Sonnets pour Hélène, 1578

 

Du même auteur : 

« Mignonne, allons  voir si la rose… » (20/05/2014) 

« Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose… » (20/05/2015)

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A un bel aubépin (09/05/2019)