Cheng[1][1]

 

 

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Nus nous sommes

Pourtant par nous

          passent les métamorphoses

Gemmes de grenade

Rubis de paon

Agates et améthystes

          de dix mille aurores...

Car nous étions seuls

          à avoir dévisagé

La fulgurante nuit

 

A l’instant où la lumière fut

 

 

 

 

Au creux de l’aveugle abandon

Conduis-nous

Le long des filons

Vers où jaillit le jour

          l’irrépressible désir

Creuset originel où tout se rejoint

Les corps rompus

          n’y toucheront nuls confins

Les cœurs brisés

          y battront sans fin

 

La mort ne sera plus notre issue

 

 

 

 

Silex au geste sans miroir

Silex au geste sans écho

 

Solitaire ombre debout

Au bord de la Voie lactée

 

 

 

 

Bâtir le royaume à mains nues

Sur les cailloux entrechoqués

De l’habitable étincelle

 

 

 

 

Avoir tout dit

          et ne plus rien dire

Accéder enfin au chant

          par le pur silence

T’ouvrant là

          sans retenue

A l’appel d’un geai

Aux cris des cigales

Au pin jailli de toi

          te brisant les entrailles

 

Sous le ciel uni

Qu’effleure seul

          un nuage

 

 

 

 

Vers toi va

          l’ombre du bambou

De toi vient

          l’éclat de la mousse

 

Tu te donnes

          à la grâce ailée

De deux ou trois feuilles

          d’orchidée

 

 

 

 

Jade lisse au toucher

Soumis aux mille caresses

 

A toi-même transparent

Tu caresses un seul rêve :

 

Seule lune sur seul étang

D’où s’envole l’oie sauvage

 

Vers l’infini ouvert

Au-dedans de toi-même

 

 

 

 

Me voici

          pure attente

Où es-tu

          claire cascade

 

Il suffit

          que tu viennes

Pour que ce soit

          mélodie

 

 

 

 

Pierre à encre

Emeraude-bleu-azur

Jaune-rouge-orangé

 

Couleurs de la lumière

Couleurs de la matière

 

Epousailles sans nom

De la chair et du sang

 

Passion brève d’un soir

Brûlée entre œil-main

 

Orangé-rouge-jaune

Bleu-azur-émeraude

 

Arc-en-ciel retourné

A la nue d’origine

 

Qui seul sait dire en rêve

La saveur sans-couleur

 

Qui sait dire en noir-blanc

L’indicible point gris

 

 

 

 

Quand se tait soudain le chant du loriot

L’espace est empli de choses qui meurent

Tombant en cascade un long filet d’eau

Ouvre les rochers de la profondeur

Le vallon s’écoute et entend l’écho

D’immémoriaux battements de cœur

 

 

 

 

De la terre mortelle

          que pourrais-tu craindre ?

 

Toi météorite

Ayant survécu

A la déflagration première

A la chute

          sans fin...

 

Que pourrais-tu craindre

          hormis ta propre énigme

 

 

 

 

Fragment basaltique

Chu

          d’un haut désastre

 

Chu du rêve lunaire

Dont nous sommes longtemps

          sevrés

 

Intact là

Tout le chant sidéral

Intacte la nuit originelle

 

Mille cristaux

Irradiant d’émeraude

Restituant un coeur qui bat

 

Nôtre

 

 

 

 

Te rappelles-tu l’ancien giron

Rotation des flammes     ronde des étoiles

Désir insensé de nage, de vol

Au travers d’inapaisables tempêtes

Jusqu’à cette ultime plage

 

Où tu t’étais échoué     galet parmi galets

Désormais tout entier livré

          aux inapaisables marées

Tel un orphelin égaré

          pleurant à l’appel de sa mère

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Double Chant

Editions Encre Marine, 2000

Du même auteur :

Un jour, les pierres (I) (15/05/2014)

« L'infini n'est autre… » (15/05/2015) 

« Demeure ici… » (15/05/2017)

Un jour, les pierres (III) (05/05/2018)

L’arbre en nous a parlé (I) (05/05/2019)

L’arbre en nous a parlé (II) (05/05/2020)