miguel%20ASTURIAS[1]

 

Le grand diseur évoque ceux qui passèrent

 

Une autre beauté…

Donnez-moi la dimension,

l’éclat

l’œil brillant d’obsidienne

dans la flamme noire du rêve.

Donnez-moi la croyance,

la foi, les tendres miels,

l’espoir de rassembler en cet endroit

ceux qui passèrent avant moi…

 

Une autre prouesse…

Donnez-moi l’infortune,

le ciseau, la chaîne…

Ouvert chacun des pores de mon sang,

je reviendrai sur mes pas à travers les cryptes

du silence, j’atteindrai l’origine,

la première trouvaille,

la plume du quetzal,

les peintures,

les substances bleues,

le carmin de crustacé,

le sel blanc

et l’effroi du sable…

 

Une autre paresse…

Donnez-moi le loisir avec des yeux,

et l’ouïe et l’odorat et un toucher nouveau,

donnez-moi l’élément matériel, la musique,

la danse, les parfums,

les plumes et les filles

couleur de cacao,

la rédaction du rêve,

le livre des bombax

et la course aquatique

de l’ancienne écriture

dans la profondeur des écorces

et sur la douceur des tablettes…

 

Donnez-moi la splendeur, le loisir, la beauté,

la terre que l’on mange pour prêter serment :

Je franchirai le seuil de l’origine,

la porte du copal, les chevelures,

et mes pieds sans grelots suivront

ceux qui passèrent avant moi,

mes traces dans leurs traces,

avec éteintes et fumantes

les torches de bois qui flambèrent.

 

Traduit de l’espagnol par Claude Couffon

In, « Le Grand Diseur, suivi de Exercices poétiques en forme

de sonnets sur des thèmes d’Horace »

Editeurs français réunis (Petite sirène), 1975

Du même auteur :

Marimba jouée par les indiens / Marimba tocada por indios (06/05/2017)

Litanies de l’exilé /Letanías del desterrado (06/05/2018)