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     La contre-terreur c’est ce vallon que peu à peu le brouillard comble,

c’est le fugace bruissement des feuilles comme un essaim de fusées

engourdies, c’est cette pesanteur bien répartie, c’est cette circulation

ouatée d’animaux et d’insectes tirant mille traits sur l’écorce tendre

de la nuit, c’est cette graine de luzerne sur la fossette d’un visage

caressé, c’est cet incendie de la lune qui ne sera jamais un incendie,

c’est un lendemain minuscule dont les intentions nous sont inconnues,

c’est un buste aux couleurs vives qui s’est plié en souriant, c’est l’ombre,

à quelques pas, d’un bref compagnon accroupi qui pense que le cuir de

sa ceinture va céder… Qu’importe alors l’heure et le lieu où le diable

nous a fixé rendez-vous.

 

Feuillets d’Hypnos

Editions Gallimard, 1946

Du même auteur :

Congé au vent (07/05/2014)

« J’ai ce matin,  suivi des yeux Florence …» (02/05/2015)

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