2008050755Garcia-Baena1[1]

 

Juin

 

Ô je sais, je partirai à ta recherche

lorsque l’automne accablera la terre de ses fruits détrempés,

lorsque les jeunes filles passeront en mordant les grappes

comme si c’était des lèvres,

lorsque les hommes verront leurs jambes musclées

se teindre du sang pourpre de la vigne

et qu’une chanson flottera dans le froid bleuté du soir blet.

Ô je sais, je partirai à ta recherche.

Lorsque le baiser épanoui de l’ultime laurier-rose tombera

   dans la rivière

je chercherai tes pas sur le sable tiède

où ton corps expirait sous le mien

comme une tige verte dans le midi en suspens.

Ô je sais, je partirai à ta recherche

lorsque le cygne endormi de l’automne battra des ailes

   dans son nid ;

mais Juin est maintenant un berger silencieux

que couronnent les ors sacrés de la trille,

et moi je bois dans ton corps la musique nue

qui languit dans les longs violons de la sieste.

Ô je sais, je partirai à ta recherche

lorsque la campagne se réveillera de la léthargie jaune

   des élytres

mais maintenant c’est ton corps seul, ton corps contre

   le mien,

tandis que Juin enflamme de bonheur les dernières montagnes,

et la rivière baise timidement nos pieds

comme si Narcisse nous contemplait dans la dilution de ses

   yeux verts dans l’eau.

 

 

Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet

In, « Poésie espagnole. Anthologie 1945 – 1990 »

Actes Sud / Editions Unesco,1995

 

Du même auteur :

Seul ton amour et l’eau… / Sólo tu amor y el agua... (27/04/2015)

Quand les messagers… / Cuando los mensajeros… (27/04/2017)

 

Enfant de chœur (27/04/2018)

 

 

 

 

Junio

 

Oh, sé que he de buscarte

cuando el otoño abrume con sus frutos goteantes

   la tierra,

cuando las mozas pasen mordiendo los racimos

   como si fueran labios,

cuando las piernas rudas de los hombres

se tiñan con la sangre púrpura de las vides

y quede una canción flotando en el azul helor de la tarde

   madura.

Oh, sé que he de buscarte.

Cuando caiga en el río el beso desmayado de la última 

adelfa buscaré tus pisadas sobre la arena tibia

donde tu cuerpo expiraba bajo el mío

como un talle verde en el suspenso mediodía.

 

Oh, sé que he de buscarte

cuando el dormido cisne del otoño aletee en su nido;

pero Junio es ahora un pastor silencioso

que coronan los oros sagrados de la trilla,

y yo bebo en tu cuerpo la música desnuda

que languidece en los violines lentos de la siesta.

Oh, yo sé que he de buscarte

cuando la campiña despierte del letargo amarillo

   de los élitros;

pero ahora es tu cuerpo sólo, tu cuerpo junto al mío,

mientras Junio incendia la felicidad de los montes

más lejanos

y el río besa tímidamente nuestros pies

como si Narciso nos contemplara con sus diluidos ojos 

   verdes de agua. 

 

 

Junio 

Colección A quien comigo va, Malaga, 1957 

Poème précédent en espagnol : 

José Hierro : Lamentation /Lamentación (25/04/2016) 

Poème suivant en espagnol :

 Maria Victoria Atencia: Le pain dur / El duro pan (11/05/2016)