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Lamentation

 

Nous avons eu tant de choses

à dire, qui n’ont pas été dites !

 

Prodigieuses paroles jeunes

pour heurter les ouïes vieilles.

Merveilleuses mélodies,

chants inédits.

Nous avons chanté tous ensemble

et nous avons pleuré dans le silence.

Nous avons appris une dure science

au détriment de nos propres rêves.

 

Nous avons eu tant de choses

à dire, qui n’ont pas été dites !

Nous avons évité si gaiement

les sombres pressentiments !

Nous avons aimé chaque pousse,

chaque froide guenille d’hiver,

chaque goutte de petit matin

avec une avidité si folle, conscients

que nous étions la chair d’une fable

vécue par quelqu’un dans le mystère !

Tant de belles chansons ! des rafales

si ardentes qu’elles nous ont blessés

 

Musiques d’astres intérieurs

qui naissaient dans notre royaume.

Flûtes jouées, le soir venu,

par les mains vagues du rêve.

Et tant de beautés si limpides

qui sont tombées !

Et tourner sans fin dans l’aube

avec la sombre parole au-dedans,

avec le chant à fleur de vie,

ignorants de la fin lointaine.

 

Nous avons eu tant de choses

à dire, qui n’ont pas été dites !

Et nous regardons dans l’air

voler la musique sans maître,

sans que nous puissions la saisir

avec nos instruments maladroits.

 

Traduit de l’espagnol par Claude de Frayssinet

In, « Poésie espagnole. Anthologie 1945 – 1990 »

Actes Sud / Editions Unesco,1995

Du même auteur :

Pas (25/04/2015) 

La rencontre (25/04/2017)

Enfant / Niño (25/04/2018)

« J’aimerais, ce soir... / Quisiera esta tarde... » (25/04/2019)

 

Lamentación 

 

Hemos tenido tantas cosas

que decir, y no se dijeron!

 

Prodigiosas palabras jóvenes

para herir los oídos viejos.

Maravillosas melodías,

cantos inéditos.

Hemos cantado todos juntos

y hemos llorado en el silencio.

Aprendimos muy dura ciencia

a costa de los propios sueños.

 

¡Hemos tenido tantas cosas

que decir, y no se dijeron!

¡Hemos salvado tan alegres

los sombríos presentimientos!

Hemos amado cada tallo,

cada frío harapo de invierno,

cada gota de madrugada

con tan loca avidez, sabiendo

que éramos carne de una fábula

que alguien vivía en el misterio!

Tan hermosas canciones! Ráfagas

tan ardientes que nos hirieron.

 

 

Música de astros interiores

que nacían en nuestro reino.

Flautas tañidas, en la tarde,

por las manos vagas del sueño.

¡Y tantas limpias hermosuras

como cayeron!

Y girar sin fin en el alba

con la oscura palabra dentro,

con el cantar a flor de vida

ignorando el remoto término.

 

¡Hemos tenido tantas cosas

que decir, y no se dijeron!

Y miramos cómo en el aire

vuela la música sin dueño,

sin que podamos apresaría

con nuestros torpes instrumentos. 

 

Alegria 

Adonais, Madrid, 1947

 

Poème précédent en espagnol : 

Octavio Paz : Pierres de soleil / Piedra de sol (17/02/2016)

 

Poème suivant en espagnol : 

Pablo García Baena: Juin / Junio  (27/04/2016)