cocteau[1]

 

Préambule

 

A force de vouloir être 

Dans cette solitude où 

De n’être rien les autres craignent 

A force d’oublier de vivre 

Traqué par la peur d’un esclandre 

Évitant que n’importe quel 

Joyeux drille ne s’aperçoive 

De mon effort d’être je n’ose 

Ni manger ni boire ni 

M’attabler au bord de leurs danses 

A force de vivre sous 

L’uniforme mal connu 

D’une légion étrangère 

A force de me donner l’air 

De n’avoir pas l’air à force 

De m’engluer dans mes pièges 

A force de me dire s’ils veulent 

Voir mes papiers je suis perdu 

Bref à force de feindre 

D’être des leurs moi le voleur 

Aux semelles de silence 

A force de donner le change 

Et pour l’ombre d’un bossu 

Avoir pris celle des anges 

Et d’alourdir mon scaphandre 

D’oeuvres de plus en plus suspectes 

A la barque des beaux rameurs 

A force de suivre les ombres 

De fantômes sans châteaux 

Styx sur tes désertes rives 

Sans avoir vécu je meurs.   

 

Revue "Les Lettres Françaises, N° 929, 1962"

 

Du même auteur :

 « Je n’aime pas dormir… » (19/01/2014)

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