AVT_Michel-Dugue_1019[1]

 

Aucun de nous

ne tient seul.

 

Il lui faut outre les os

une parole – fût-elle économe.

 

Alors le jour contemporain s’éclaire

un peu.

 

                         *

 

Le sol est dur. L’hiver

le baigne d’un soleil

très blanc.

 

Il est des mots

qu’on aimerait

éprouver ainsi.

 

Infracassables

après le retrait du poème.

 

Barques dormantes, elles furent proches

des îles promises quand le rameur

avait la nage sereine.

 

Savent-elles que l’hiver aura

la corde rude, le mutisme profond

qu’entamera, si peu, le battement des fers

dont les eaux sont chargées ?

 

Sur le môle : une caisse vide.

Est-elle là pour l’éternité ?

Du rameur ou de l’ange lequel

l’a oubliée ?

 

L’air, lui, hésite

Entre la pluie et le vent

 

                         *

Va, c’est l’heure !

Prends le sac du chiffonnier,

marche au bord de l’océan

à la demeure.

N’aie crainte de ce présent irréfutable

brisé parfois comme poterie sous

la trique de fer.

Accorde-lui l’éclair de la beauté

que tu opposeras au désastre.

 

Tu vois l’aile du milan

signant dans l’air

une page, un vide où

ne cesse d’affleurer ce qui

n’éclôt pas.

 

Le jour ne serait, peut-être,

que cela.

 

 

Le jour contemporain

Editions Folle Avoine, Bédée (35137), 1999