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Menuet d’Automne

 

     Les asters et les véroniques, - de leurs corolles sans parfums, -

laissent tomber sur les parterres – où d’autres fleurs ne s’ouvrent

plus – la tristesse mystique et lente des adieux.

     Mauve tendre et vert alangui – leurs teintes vagues s’harmonisent

- aux ciels lavés du prime automne, - à la souriante langueur – des

beaux jours près de s’envoler.

     Bouquets de souvenir et non bouquets de deuil, - l’or violent des

chrysanthèmes, - le sang pourpré des dahlias, - n’altèrent point leur

éclat doux.

     En mineur, d’une voix éteinte – et sur un mode atténué, - les asters

et les véroniques, - au vent fraîchi qui les caresse, - marmonnent des

refrains d’adieux.

     C’est la saison prestigieuse – où les arbres portent des feuilles – de

topazes et de rubis, - où la grive crie à travers – les pampres fauves adornés

- de rutilante orfèvrerie.

     En ses corbeilles débordantes, - Octobre entasse à pleines mains – les

présents des chasseurs et ceux des vignerons.

     Sous les courtines jaunes pâles – de leurs ultimes floraisons, - en un

dernier baiser, les roses – solemnisent leurs noces d’or.

 

     La terre se pâme, enivrée – et célèbre une fête  encore – avant d’entrer

dans le silence – et la paix noire de l’hiver.

     Demain, les martinets frileux – avec les feuilles arrachées – s’envoleront

à tire d’aile ; - demain, les bises hiémales – sangloteront parmi les bois…

     Mauve tendre et vert alangui, - sur les plates-bandes fanées, - les asters

et les véroniques – chantent, mezzo voce, la chanson des adieux.

 

Poèmes élégiaques

Editions du Mercure de France, 1907