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Un livre devrait s’ouvrir comme le corps d’une femme qui

n’en peut plus d’attendre l’envahissement promis. J’écris,

donc j’écris en sorte que le corps du désir de mots n’en

puisse plus d’attendre son envahissement par un sens, au

point d’en précipiter, à tout prix la survenue. Il y a urgence.

J‘écris et, pour le coup, l’intra-utérin est mon royaume,

l’ovulation en moins. Je ne veux plus faire d’enfants, sauf

à cette sensation, matricielle en toutes et en même temps

terriblement lascive, qu’écrire ne vaut que par la profondeur

des mots qui me viennent au corps et à l’esprit, cette

profondeur ayant à voir avec les abysses d’où remonte

l’orgasme amoureux, une fois épuisés ses préludes. A l’écriture,

le désir des mots me fait souvent l’effet de se comporter

comme une recherche de plaisirs extrêmes, au féminin. J’en

ressens, aux entrailles, les secousses, les ébranlements, les

abandons de raison. Et dans cette histoire, il n’est pas

jusqu’à la grammaire qui n’en devienne échevelée, méconnaissable.

Elle agit convulsive, une étrange ardeur la tord et la distord.

Certes, je respecte la grammaire, mais la respecter, en l’occurrence,

c’est accorder autant de prix à ses accès d’égarement qu’à

l’observance de ses règles. Quand j’écris, forcément, il y a de

l’intensité dans l’air. L’insensé s’abat sur la page et soudain,

à ce moment-là, il se peut que je me rapproche d’une vérité que

je croyais inatteignable, d’une combinaison de mots impropres

à la convenance de dire. Elle a jailli comme l’avant-garde d’une

intuition sans pareille et qui fera date dans la conscience que

j’ai de cet inouï : le désir de mots et le désir des femmes sont

de la même nature et sont prédestinés à s’exciter naturellement

jusqu’au vertige

 

Insolations de nuit

Edition La Pierre d’Alun, Bruxelles (Belgique), 2008

Du même auteur : « Femme, soeur, amie… » (26/03/2015