dthomas[1]

 

La colline aux fougères 

 

Alors j’allais jeune et souple sous les branches des pommiers

Près de la maison berçante et heureux comme l’herbe est verte,

          La nuit au-dessus la vallée étoilée,

               Le temps me laissait clamer et gravir      

          Doré dans les beaux jours de ses yeux,

Et honoré parmi les chariots, j’étais prince des villes de pommes

Et, sous ce temps-là, seigneur des arbres et feuilles

               Aux traînes d’orge et de marguerites 

         Je descendais les rivières de la lumière immature. 

 

Alors j’étais vert et sans-souci, célébré parmi les granges,

Près de la cour heureuse et  je chantais dans cette ferme 

               Qui était ma maison 

          Dans le soleil qui n’est jeune qu’une fois, 

              Et le temps me laissait jouer et me 

          Dorer dans grâce de ses pouvoirs,

Et vert et doré,  j’étais le Chasseur et le Berger et le troupeau

 

Répondait à mon cor et les renards sur les collines 

               Aboyaient leur cris froids et clairs       

               Et le sabbat tintait lentement   

      Sur les galets de la rivière sacrée. 

 

Et tout au long du soleil, il courait, délicieux, le foin

Haut comme la maison, les mélodies des cheminées, c’était l’air,       

          C’était l’eau et leurs jeux  

                  Et le feu, vert comme herbe.

          Et la nuit sous les simples étoiles

Tandis que je chevauchais vers le sommeil, les chouettes emportaient

 

La ferme et tout au long de  la lune, j’entendais, béni 

          Parmi les écuries, les engoulevents 

         S’envoler avec les querelles 

               Et les chevaux ruer dans l’Obscur. 

 

 

Et puis au réveil, la ferme, vagabonde blanchie de rosée 

Revenait, le coq sur son épaule : c’était toute 

          Lumière, comme Adam et jeune vierge,

               Le ciel se filait à nouveau

          Et le soleil s'enroulait comme au premier jour.

C’était comme à la naissance de la simple lumière

Pendant le tissage du lieu originel, quand les chevaux 

          Ensorcelés sortaient encore chauds

          De la verte écurie et hennissante écurie

               Pour les champs de louanges..

  

 

Et honoré parmi les renards et les faisans  

Près de la maison joyeuse, sous les nuages  nouveaux et aussi 

          Heureux que le coeur était fort,

          Dans le soleil nouveau-né 

               Je courais mes chemins sans-souci 

          Mes désirs lancés dans le foin aussi 

                Haut que la maison

 

Et je ne me préoccupais pas, dans mon commerce de bleu du ciel

De ce que le Temps n’accorde, dans son cycle mélodieux 

          Que si peu de ses chants matinaux

          Avant que les enfants verts et dorés               

               Ne le suivent dans sa chute hors de la Grâce,

  

Et je ne me préoccupais pas, en ces jours blancs comme l’agneau,

De ce que le Temps m’emporterait dans ce grenier bondé

          D’hirondelles à l’ombre de ma main,

          Dans la lune toujours montante, 

               Ni que, galopant vers le sommeil,

          Je l’entendrais voler par les champs

 

Et m’éveillerais dans une ferme à  jamais absente 

          Du Paradis de l’enfance

Oh et j’étais jeune alors et souple par la grâce de ses pouvoirs,

               Et le Temps me piégeait, vert et mourant,   

 Tandis que je chantais dans mes chaînes comme la mer.

 

 

Traduit de l’anglais par Alain Suied 

In, Dylan Thomas : « Visions et Prière et autres poèmes » 

Editons Gallimard (Poésie),1991

 

Du même auteur :

La lumière point là où le soleil ne brille pas (04/02/2015)

« Surtout quand le vent d’octobre… » / Especially when the October wind…” (30/12/2017)

De son anniversaire / On his birhtday (30/12/2018)

 

 

Fern hill

 

 

Now as I was young and easy under the apple boughs

About the lilting house and happy as the grass was green, 

The night above the dingle starry,

Time let me hail and climb

Golden in the heydays of his eyes,

And honoured among wagons I was prince of the apple towns

And once below a time I lordly had the trees and leaves

Trail with daisies and barley

Down the rivers of the windfall light.

 

And as I was green and carefree, famous among the barns

About the happy yard and singing as the farm was home,

In the sun that is young once only,

Time let me play and be

Golden in the mercy of his means,

And green and golden I was huntsman and herdsman, the calves

Sang to my horn, the foxes on the hills barked clear and

   cold,

And the sabbath rang slowly

In the pebbles of the holy streams.

 

All the sun long it was running, it was lovely, the hay

Fields high as the house, the tunes from the chimneys, it was

   air

And playing, lovely and watery

And fire green as grass.

And nightly under the simple stars

  

As I rode to sleep the owls were bearing the farm away,

All the moon long I heard, blessed among stables, the
   nightjars

Flying with the ricks, and the horses

Flashing into the dark.

 

And then to awake, and the farm, like a wanderer white

With the dew, come back, the cock on his shoulder: it was all

Shining, it was Adam and maiden,

The sky gathered again

And the sun grew round that very day.

So it must have been after the birth of the simple light

In the first, spinning place, the spellbound horses walking

   warm

Out of the whinnying green stable

On to the fields of praise.

 

And honoured among foxes and pheasants by the gay house

Under the new made clouds and happy as the heart was long,

In the sun born over and over,

I ran my heedless ways,

My wishes raced through the house high hay

And nothing I cared, at my sky blue trades, that time allows

In all his tuneful turning so few and such morning songs

Before the children green and golden

Follow him out of grace.

 

Nothing I cared, in the lamb white days, that time would

   take me

Up to the swallow thronged loft by the shadow of my hand,

In the moon that is always rising,

Nor that riding to sleep

I should hear him fly with the high fields

And wake to the farm forever fled from the childless land.

Oh as I was young and easy in the mercy of his means,

Time held me green and dying

Though I sang in my chains like the sea. 

 

Poème précédent en anglais: 

Charles Bukowski : L’écrasement / The crunch  (10/02/2016)

Poème suivant en anglais :

James Weldon Johnson: La création du monde / The creation  (08/05/2016)

 

 

 

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