images[1]

 

Trajet Namur – Charleville

 

les eaux de la Meuse étaient violentes

on voyait des morceaux de bois flotter

et tourner dans le courant on voyait

les éclusiers perchés sur les barrages

lever les poutrelles pour que le fleuve

coule plus vite et ne déborde pas

en France et en Belgique les barrages

qu’ils soient manuels ou automatiques

étaient partout levés en sorte que

l’eau brunie par la boue coulait très vite

les torrents écumaient en rabotant

les flancs schisteux de l’Ardenne où la Meuse

par grands méandres trace sa vallée

en montrant de rudes maisons avec

d’affreuse usines métallurgiques

mais arrivés à Charleville les

gens ne pensent plus qu’à fuir à Paris

comme ayant honte de cette grandeur

et comme si la Meuse magnifique

ne pouvait pas leur assouvir le cœur

(je ne comprends pas pourquoi tu détestes

cette rudesse alors que j’aimerais

rester ici dans un hôtel miteux

pour faire connaissance avec ton corps

apprenant ce que c’est ce goût de schiste

et le silence si beau de ton visage)

 

in, Francis Dannemark : «  Ici, on parle flamand et français. Une fameuse

collection de poèmes belges »

Le castor astral éditeur, 2005

Du même auteur :

Fellations (14/03/2015)

« je croyais que la vie… » (02/12/2017)

Londres (26/03/2019)