Wen_Yiduo[1]

 

Peut-être

(Chant funèbre)

 

Peut-être es-tu vraiment lasse de pleurer,

Peut-être, peut-être devrais-tu dormir un peu,

Alors, que les engoulevents cessent de tousser

Les grenouilles de coasser, les noctules de voler.

 

Défense au soleil de relever les stores de tes yeux,

Défense à la brise de brosser tes sourcils,

Personne ne doit te réveiller,

Ouvrons l’ombre d’un pin pour couvrir ton sommeil.

 

Peut-être entends-tu les vers remuer la terre,

Les radicelles des herbes grêles aspirer l’eau,

Peut-être entends-tu cette musique,

Plus belle que voix humaine proférant des malédictions.

 

Alors, commence par bien clore tes paupières,

Et je vais te laisser dormir, dormir,

Je te recouvre doucement de terre jaune,

Et que voile avec lenteur la monnaie des offrandes.

 

Traduit du chinois par Chantal - Chen Andro

In, « Anthologie de la poésie chinoise »

Editions Gallimard (La Pléiade), 2015