GilJouanard[1]

 

Le tourbillon des chants de la lisière

se rétrécit et s’affermit jusqu’au martèlement sec

du pivert.

Ce n’est plus là chant d’agrément,

mais musique précise du travail de vivre

 

- ailleurs, dans la mémoire,

par le vent peut-être poussée,

une porte claque, suscitant une chaîne d’échos,

et la maison grandit jusqu’à coller exactement

aux limites du front, de la nuque et des tempes ;

 

mais là, c’est la respiration,

c’est la demeure ouverte,

c’est la fraîche chaleur, aînée de la mémoire –

 

*

**

 

Il y a le buisson où les couleurs s’enflamment ;

l’enfant qui passe là jamais ne quittera

l’instant de ce printemps.

 

Et le rayon surgi du cœur des arbres,

qui descend parmi tes cheveux,

qui soulève les voiles de l’air,

qui se faufile entre les mousses

jusqu’aux galets plats de la source.

 

*

**

 

Il y a cet air obstiné à rappeler la musique des herbes,

syrinx, tambours profonds,

voix qui récitent le lointain,

et l’odeur de fumée des pierres humides.

 

*

**

 

Il y a le souci de retrouver ce signe

qu’on est sûr d’avoir vu, entre les branches,

ou plutôt entre les pavés,

à moins que ce ne soit plutôt entre les étoiles.

 

*

**

 

Et tous ces cailloux blancs,

oublieux du chemin dont ils sont les jalons,

qui nous ramènent au seuil, clos à jamais,

de l’origine.

 

La solitude n’est rien d’autre

que ce chemin qui se dévide

au flanc de la montagne,

et qui mène son chant

à l’extrême jonction

des vents contradictoires.

 

Ne craignons pas la solitude

qui tutoie ;

elle est au cœur de l’unisson,

dans le chant secret des avoines,

dans la coda des sources et des nids,

dans l’intime patrie de nos yeux.

 

Hautes Chaumes

Les Amis de «  Métamorphoses », 1975

Du même auteur :

« Au bout de chaque jour… » (05/03/2015)

« Sonnailles… » (05/03/2017)

Al-Kimiya, II (05/03/2018)

« Fibres... » (05/03/2019)