luis-antonio-de-villena-1[1]

 

Oraison aux parvis de la cité de Baal

 

A toi, Inanna-Ishtar,

la douce et corruptrice, la puissante en lunes

à la chair très fertile et aux lèvres énormes,

celle au cul puissant et luisant de chaleur,

maîtresse de la maison des fêtes,

entends ma réclamation.

Ce n’est plus pour te demander tout ce qui fut jadis,

les très tumultueuses nuits

de corps et de boissons, la jeunesse radieuse,

les poitrines glabres et fines,

les très fertiles bandes sans fin de jeunes gens…

Ce n’est plus pour te demander les soleils de la nuit,

l’esprit rapide du vertige,

la jouissive glaucité qui ouvre sur le bonheur,

les incendies de l’âme jusqu’à l’épuisement

lors des matins froids

ou lors des rêves de caresses, où le monde et ses tigres

s’endormaient avec moi, espérant en toi.

Ce n’est plus pour te demander la santé dans l’obscur domaine,

les tours d’or vif dans la brume,

l’humeur asociale ou lucide, et l’obscur de leur rythme…

Ce n’est plus pour te demander d’ivres noirceurs,

des dieux maudits aux charme effronté,

aux veines en ruine, aux yeux fiévreux,

aux caresses de mort sous la lune ou après…

Tout cela est et fut et tu le protèges encore,

déesse incomprise

des plaisirs troubles et du sexe arborescent…

Moi, ton prêtre désormais, ton petit, ton enfant,

je peux juste te demander le pas suivant :

Protège-moi encore dans les choses obscures véritablement :

la nuit de la nuit et la nuit de l’âme.

Le voyage du désert sous le croissant obscur.

L’ombreux de l’être, l’autre qui se repent,

L’absolue solitude concupiscente et noire…

Protège-moi encore,

mater pavida, pleine de bonté et de ténèbre…

Donne-moi ombre et mystère,

rage et obscurité,

séduction et trouble

pour être, jusqu’à la fin, l’esclave qui est le tien,

passager de la nuit,

comme tu m’as voulu…

Et protège les nôtres, nuiteux si souvent délaissés.

 

Traduit de l’espagnol par Annie Salager

Revue « Poésie 1/ Vagabondages, N°18, Juin 1999 »

Le Cherche-Midi éditeur, 1999