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La belle au bois dormant

 

Vapeurs de lichen, la morne lente attente

Pèse sur la vallée boisée de hauts termites

 

La maison basse

entre les monts d’aiguille et de flaques d’acanthe

repose, four clos, dans l’envers des paumes.

Les feuillages, vaincus par la rosée des nuits

agonisent.

 

L’île est creuse comme ces bois de palmes

Elle dort sans sommeil, elle pleure sans larmes

Des milliers d’yeux criblent sa carapace

Des milliers d’yeux s’affairent sur ses rocs de mousse.

Les fleurs, mortes-nées, tombent sur des mains vides

L’oiseau, tronqué bat des moignons l’eau pestilentielle des rues

L’air, de ses doigts gourds, a étranglé les rires

Le passage incessant des échecs s’enchaîne.

 

L’appel d’un courrier rebondit sur les dômes

La voix d’acier sur le velours des versants

La voix de liège sur la flamme des balisiers

L’appel sans espoir des mangues assexuées.

La malédiction du courrier sur la terre.

La malédiction persécutée.

Les hommes, écrasés au sol

entendent sous eux sourdre le feu de  terre

Des boulets et des chaînes dévalent sur les routes

jusqu’à la mer

épaisse.

 

La mer est close, elle n’enrôle plus les enfants

Elle retient captifs nos abandons serviles.

Elle est un lac de plomb cerné de lances.

La mer, la mer est enchaînée, vous dis-je.

 

Que la foudre fasse éclater la noix du sol

Surgir les feux cataleptiques

Des urnes s’écouler le sang d’acier des fauves

Gronder la voix des morts expiatoires

De la mer éventrée, une fusée d’eau pure ira toucher le ciel

Et, retombant, légère sur mes yeux clos

Soulèvera nos paupières comme des portes

Et dispensera la lumière…

 

                                                                                Basse – Terre, Mai 1941

 

Revue « Tropiques, N°3, Octobre 1941 »

Fort-de-France (Martinique), 1941

Du même auteur : Demain commencera le bruit (21/02/2016)